Prologue ou Histoire de la fille qui ratait tout

Je ressens le besoin d'écrire mon histoire, de me raconter, comme si j'avais besoin des mots pour me sortir d'une impasse, d'un mal être, d'une incapacité à aller de l'avant. J'ai l'impression d'avoir fini un cycle, d'avoir bouclé une boucle, et d'en avoir saisi le mécanisme, de cette boucle, comme un système complexe et bien rodé dont on finit par percevoir le fonctionnement.

Et à trente ans – trente deux exactement – je crois que je peux le dire, j'en suis là, à ce moment de ma vie où je commence à comprendre mon fonctionnement. J'ai découvert qui j'étais : la fille qui rate tout.

mercredi 3 septembre 2014

Cirque de la misère

« L'un des plus grands spectacles de cirque… ! 1H45 de spectacle à couper le souffle ! »

En tout cas, celui de ma ptite nièce qui explosa en pleurs vu le niveau sonore de la harangue stéréophonique qui dut servir à rameuter plutôt les habitants de Pluton* que ceux du coin, moins enthousiastes, le jour où nous choisîmes d'aller au cirque, pour changer. Alors vite ! Un coup d’œil aux fresques dessinées sur les tentures du chapiteau pour recentrer son attention sur « les lions qui font peur », une imitation du rugissement (assez vraisemblable pour la faire éclater de rire) et c'était bon, enfin presque…
 
Qui aurait cru que retomberait si vite notre engouement initial ?
 
Grammaticalement, il y avait pourtant une anguille : où était le référent ? L'un des plus grands spectacles de cirque, certes, mais… rapporté à quoi ? Au monde ? Du pays ? De la région ? Du quartier ? Pourquoi avait-on subtilement mis un voile sur le référent ?
 
Eh bien tout simplement parce qu'il fallait traduire : « Bienvenus au Cirque de la misère !!! Avec ses clowns pas drôles, ses acrobates frileux et ses dresseurs d'animaux léthargiques ! »
 
Chaque numéro sembla une parodie de lui-même : les clowns ne furent pas drôles, dotés d'un manque d'expressivité et d'enthousiasme remarquable, usant de gimmicks éculés plutôt destinés à faire pleurer que rire, et complètement impassibles devant le peu de réactivité de l'assemblée ; les chevaux se cassèrent la gueule après un tour de piste et le clou du numéro consista à leur faire poser une patte sur un tabouret ; les acrobates exécutèrent des numéros de cour de récré que ma petite nièce aurait faits aussi bien (voire mieux) ; les tours de magie laissèrent perplexes non parce qu'on ne vit pas les ficelles, mais parce qu'on ne vit pas ce qu'il y avait de soi disant extraordinaire à voir. Mais le pire (et bonjour pour expliquer ça à ptit bout d'nièce)… les lions ! Ou plutôt… leur absence ! Point de lions donc, si ce n'est Roger, le vigile, déguisé en lion le temps de venir saluer, à la fin du spectacle… Roger, qui d'ordinaire fait la gueule, planté dans un coin du chapiteau, forcé en plus de porter la croix, érigé ouvertement en symptôme manifeste d'un cirque malade…
 
Le seul talent à leur reconnaître mais qui fût aussi leur drame : leur capacité à endosser plusieurs rôles, puisque le maître de cérémonie était aussi le clown et le dresseur, et l'acrobate, la magicienne, ainsi que l'ouvreuse, la caissière et la vendeuse de barbes-à-papa à l'entracte. Avec son corollaire assez peu réjouissant d'avoir à subir une quête toutes les demi-heures : une pour le développement du cirque (à laquelle on eut du mal à souscrire du coup), une pour la stagiaire acrobate (ah bon ? Où ça ?), et une pour… la forme ? (Au passage, on comprend mieux les 1h45 de spectacle affichées…)
 
En somme, un petit microcosme d'automates, programmés à réaliser des numéros aux gestes stéréotypés exécutés dans une cadence stakhanoviste et un oubli de soi résigné, seulement capables de nous balancer en pleine gueule leur immense lassitude.
 
Alors on applaudit bien sûr, on est polis, mais c'est pour essayer de faire venir un peu de magie là où elle manque cruellement… et espérer quand même que ptit bout d'nièce, qui n'engramme pas encore bien les expériences pour comparer, y trouve quand même un peu d'émerveillement.
 
Ces spectacles-là devraient être gratuits, voire même devrait-on être payés pour y assister vu le mal que l'on s'y fait à piétiner nos doux souvenirs d'antan…
 
*je pense qu'il y en avait d'ailleurs, si l'on considère d'un autre œil le mec avec tous ses colliers lumineux qu'arrêtait pas de nous tourner autour en scrutant nos portefeuilles.




mardi 5 août 2014

Paris Plage

Cette après-midi, l'idée me prend d'aller jeter un oeil à cette fameuse plage aménagée pour l'été dans mon bled de banlieue. Vous savez, les grandes affiches avec du soleil, la pelle et le seau, sur fond bleu méditerranéen. "Ouverture exceptionnelle de la plage à Trouduc-le-Gland* !!! "

Donc, je me pointe au lieudit, le parc communal, mais dont l'entrée, cette fois, est bardée d'une autre affiche encore plus racoleuse que celles qui parsèment le village, avec des feux d'artifices, et Trouduc-le-Gland Plage écrit en graffs colorés à la bombe de peinture par des djeun's. Ah là là, ça va être quelque chose !!!
 
Je rentre, pleine d'impatience, frétillante comme un gardon, le projet de revenir un autre jour avec mes affaires de plage en tête… Déjà à l'entrée, un grand terrain sablonneux avec un filet de beach-volley me met dans l'ambiance. Derrière, un peu plus loin, un groupe de jeunes est attablé, sous les arbres, près d'une petite guérite qui ressemble de loin à une baraque à frites, mais sans les frites (elle semble vide). Je continue donc ma route, et je passe devant les jeux pour enfants qui n'ont pas bougé de l'ordinaire et saupoudrés de quelques enfants, et je commence à trouver étrange de ne pas entendre plus d'agitation qui viendrait de cette fameuse plage. Le doute me submerge. Je continue ma route (le chemin fait une courbe, si bien que l'on ne voit rien se profiler) et me retrouve rapidement au bout du parc, prête à en sortir par l'autre côté. Et là… le "Allô quoi ?" de Nabilla, telle une lame de fond, s'abat sur le rivage de mes certitudes. Je me retourne pour voir si par hasard, j'ai raté quelque chose en passant. J'aurais été victime d'une illusion d'optique qui fait que je serais passée à côté de l'essentiel ? Je refais le chemin en sens inverse, à la recherche d'un indice, un bonnet de bain oublié, un emballage de glace Miko, un coquillage, un crustacé, une seringue (oups pardon… ça je suis sûre d'en trouver, donc c'est pas un bon indice), qui m'aurait prouvé qu'une plage aurait bien existé, à cet endroit même où je me trouve actuellement ? Je cherche partout, devant, derrière, à babord, à tribord, les pieds dans l'eau, mais d'une vieille flaque creusée par l'orage de cette nuit, en vain et avec finalement comme seule alternative celle de me ranger à la conclusion passée à postérité par le célèbre agent Mulder du FBI que "la Vérité est ailleurs"…
 
Au risque d'effleurer la susceptibilité des disciples de Lagardère, mais cette fois, si on ne peut pas aller à Palavas, Palavas ne viendra manifestement pas à nous. CQFD.

samedi 2 août 2014

Téléré-alitée

À l'heure où la télévision ne nous pond plus que des émissions de téléréalité, on a quand même l'impression que l'échelle se rétracte, que le concept s'essouffle… En à peine un an, on est passés de « La plus belle région de France », au « Village préféré des Français », au « Jardin préféré des Français », puis à la « Maison préférée des Français », en passant par la « Meilleure boulangerie de France », « Mon bistrot préféré », et là je vois qu'on attaque bientôt « Le plus beau food truck de France » (baraque à frites quoi). Y a plus de budget ou quoi ? Ou alors ils nous ont tellement conditionnés qu'on ne se rend même plus compte qu'on s'fait entuber…

Les plus forts, c'est M6, vous savez, les émissions sado-maso où, dans une ambiance conviviale faux-cul, on écoute des gens détruire avec un plaisir jouissif en deux-trois phrases ce que d'autres ont mis toute une vie à bâtir, et qui s'mettent à pleurer ensuite quand c'est leur tour d'écouter les commentaires de leurs hôtes. Personnellement, j'ai pas encore compris ce qui peut pousser quelqu'un à vouloir s'infliger ça.
 
« Jean-Patrick est vraiment quelqu'un de gentil, mais sa maison, c'est de la merde. » 
 
« Regardez, (montrant à la caméra devant des millions de téléspectateurs), y a des poils de cul sous la lunette des chiottes ! »
 
Alors… Puisqu'on y est presque, du coup, à quand « La plus belle pissotière de France » ?
 
« Comme tu peux le voir, Stéphane, avec Josiane, on a décidé de mettre de la moumoute sur la lunette, une fois, (c'est forcément d'influence belge à ce stade-là), pour qu't'ayes le cul plus confort (belge et terroir), pis qu't'ayes pas froid, et en plus elle est antiallergénique, comme ça, ton derrière, l'est pas irrité… Et la chasse d'eau, elle est amovible pour que tu puisses poser ton dos, et à air comprimé pour que tes selles, elles partent plus vite. Par contre, faut bien fermer la lunette, du coup, sinon tu risques de r'tapisser tes communs… On a mis des murs antibruits pour pas entendre le « plouf » et tu peux mettre la musique, au cas où qu'tu soyes un peu encombré, ça couvre bien. Sinon y a un casque, aussi, pour te détendre, ou te stimuler un peu, dans le cas où ça sort pas comme y faut. C'est du Patrick Foireux et du Chimène Badi, (pour quand tu « chies même pas, dis »… oui bon.) Ça stimule bien. Mais y a de la musique pour tous les goûts, en fait. Sans oublier le diffuseur de parfum automatique avec détecteur d'odeurs. Il diffuse le parfum adéquat selon le niveau d'odeurs de 1 à 10. Pour une odeur de puissance 10, par exemple, il envoie du Chanel Numéro 5. 
 
– Forrrrmidable !!!!! » (dixit Stéph')
 
Ou sous bannière M6, « Viens pisser chez moi » !
 
« Je mets 2 parce que le papier se dédouble »
« Moi je mets 3 parce que j'ai entendu Catherine péter. »
« Le coup des toilettes suspendues, moi je suis pas convaincue. C'est vrai que ça libère plus facilement, mais ça donne envie de gerber… »
« Cette grande baie vitrée dans les toilettes, j'avoue que ça inhibe un peu… »
« Les toilettes à trois places, c'est vraiment une bonne idée. Ça sort un peu des sentiers battus. »
« Les toilettes de Pierre, elles sont à chier (ahahah). Je suis passé après Catherine et j'peux vous dire qu'il n'y avait pas de diffuseur de parfum. Ou bien c'est Catherine qu'a le cul pourri… »
« On s'en débouche une pour fêter, ça ? Une bouteille bien sûr ! Ahahah ! »
 
Avec un ptit buffet d'aliments laxatifs en prélude.
 
« Je vous ai concocté une tourte aux pruneaux et son jus de cointreau, et en dessert, ma tarte Fuca et sa marmelade d'oranges amères »
 
Ça aurait d'la gueule, non ?
 
Patience, ce n'est qu'une question de temps… ;-)


dimanche 20 juillet 2014

Bricolomania

Ah le magasin de bricolage ! Objet transitionnel de nos fantasmes d'aménagements. Si si ! "transitionnel", un peu comme les doudous des enfants qui remplacent symboliquement les parents, ben symboliquement, le magasin de bricolage remplace tes rêves d'aménagement. Parce que c'est le lieu de tous les possibles (enfin tout y est quoi) et pourtant tu sais que t'en feras pas les trois-quarts (par manque de budget, de temps, de courage surtout), mais rien que d'y être, c'est comme si tout était encore possible.

Sauf que… on part pas tous avec les mêmes avantages. Moi, quand il fallut que je changeasse le joint de hublot de ma machine à laver, comme toute célib' qui se respecte, j'ai foncé sur internet voir un tuto (tutoriel, oui.) Et trop flattée par la facilité qu'offrait la chose, losque le gars qui fit cela en deux minutes chrono me dit qu'il suffisait d'un tournevis, j'aurais dû flairer le piège. Certes, un tournevis, mais LE tournevis et pas n'importe lequel ! Spécialement celui que tu n'as pas dans ta boîte à outils !! Le cruciforme T20 X L80 X Y300 X P800 (T = taille / L = longueur / Y = Y en a marre / P = Pourquoi tous ces chiffres !! Au moins je sais pourquoi il s'appelle Dexter mon tournevis, c'est pour les psychopathes)
 
Alors j'y allai, chez Leroy-Merlin. À reculons, hélas…
 
J'entre dans le sacro-saint temple des frimeurs du dimanche et je commence à suer à grosses gouttes. Le magasin est plus grand que le Parc des expos et rien n'indique le rayon des crucifix ! Euh des cruciformes, mais vu que je songe à mettre fin à mes jours avec le râteau qui est à ma portée, le premier mot est plus approprié. Non allez, courage ! On devrait quand même y arriver !
 
Je repère le rayon des tournevis sur le module informatique placé astucieusement à cet effet. J'essaie de mémoriser le labyrinthe à parcourir pour ne pas avoir à demander mon chemin en cours et trahir mon dilettantisme. En même temps, point trop de scrupules n'en faut, une femme dans un magasin de bricolage, on ne s'attend pas à ce qu'elle t'explique le fonctionnement d'une dégauchisseuse ou d'un compresseur à air. Mais bon, j'fais un peu comme tout le monde, je me donne l'air d'une femme forte et indépendante qui répare sa machine à laver toute seule. (Oui bon oké une galérienne) J'avance d'un pas ferme, genre "j'm'y connais".
 
Au bout d'une heure de recherche active de mon rayon, j'y suis enfin. Je suis devant les tournevis ! Punaise ! Y en a trop ! Moi j'ai juste pris le mien en sachant qu'il m'en faut un plus petit, mais y en a au moins une bonne vingtaine de plus petits ! Tant pis. J'les prends tous. Dommage pour le budget, ça va faire un peu mal. Il doit se demander ce qu'il me prend le mec d'à côté. Soit il est admiratif de penser que j'ai besoin d'autant de tournevis, car ce que je dois faire doit être phénoménal. Ou alors il a compris et là, c'est trop la honte. Il a compris vu qu'il sourit. Je la ramène donc pas trop. Lui, c'est le type "chevronné". Si ! Ça s'voit, avec sa petite liste et son chariot genre t'as vu tout ce que j'vais prendre… et le crayon sur l'oreille, ça, ça trompe pas ! Va essayer de te faire tenir un crayon sur l'oreille, toi ! Il a déjà plein de trucs dont j'ignorais l'existence dans son caddie et il continue à le remplir. Comme il doit maîtriser… J'imagine sa maison qu'il aura toute faite lui-même, en bois bien sûr, avec un insert parce que ça chauffe bien mieux et c'est esthétique et des panneaux solaires sur le toit parce qu'il faut penser à la planète. Je suis sûre que sa femme ressemble à Barbie et qu'elle est tellement fière de lui ! (Jalouse ? Euh… un peu.) Une promenade de santé pour lui. Il n'a qu'un exemplaire de tout ce qu'il prend, lui, bien sûr, et pas cet air désemparé de chien devant sa boîte de pâtée fermée.
 
Je repère un groupe de vendeurs qui me matent en coin. Ils attendent la faille, le moindre signe de détresse pour me tomber dessus. Faut les comprendre, remarque, côtoyant le Jacky toute la journée, quand une Brenda se pointe avec son air de pas avoir inventé l'eau tiède, c'est relâche ! C'est du tout cuit ! (et ptet plus si affinités). Eh oui, la femme dans un magasin de bricolage, c'est une proie facile. Elle est en position de faiblesse. Entourée de trucs virils dont par définition elle ne sait pas se servir, il lui faudra forcément un aiguilleur voire même un démonstrateur. Pensez-y les mecs pour draguer ! Postulez chez Casto ! (Quoique, en fait, des femmes, vous en verrez pas tant que ça, hormis des camionneuses, mais bon…)
 
Je regarde discrètement vers les vendeurs. Mignons comme tout, en plus. "Houlà là, comment on se sert d'un tournevis, monsieur bricolage ? Et on la met dans le petit trou la vis ? Avec le gros tournevis ? C'est à vous tous ces muscles ? Han !" Et que ça s'battrait pour m'expliquer.
 
Ben oui, un magasin de bricolage, si c'est l'angoisse absolue pour une femme (oui, c'est cliché, mais bon, dans les clichés y a toujours un peu de vrai), pour les hommes, c'est une arène à combats de coqs. C'est à qui aura le plus gros tournevis, la plus grosse perceuse, le plus de planches dans son caddie. Qui aura l'outil le plus compliqué et le talent de savoir s'en servir… Je soupçonne même la plupart de se la jouer, au moins pour faire la paon devant leur femme. "Mais si Jocelyne, bien sûr que ça rentre ! J'ai pris les dimensions. Mais bien sûr que je peux te le fabriquer ton jacuzzi. Y a rien de plus facile !" Ouais. Sauf que Gérard, il va acheter tout le matos, et, la semaine prochaine, il reviendra le rendre, ou, dans le meilleur des cas, si sa fierté ne supporte pas le choc, il passera tout son dimanche après-midi prochain au magasin de bricolage, tout seul en catimini (évidemment sans Jocelyne cette fois), pour venir chercher les fiches-conseils de Monsieur Bricolage qu'il avait pas prises la première fois avec Jocelyne soi-disant que c'était dans les gènes de l'homme de maîtriser tout ça. Pensez-y maintenant, les filles, quand vous mourrez d'admiration devant Musclor en salopette, l'air déjà concentré sur les grandes réalisations qu'il s'apprête à faire (ou pas) avec tout le contenu de son caddie bien rempli. Parce que oui, avec Valérie Damidot et Marc-Emmanuel, ça a l'air simple de transformer son taudis en photo de brochure de chez Casto, deux-trois tits coups d'scie, un tit coup d'pinceau. Sauf que eux, ils sont cinquante à l'ouvrage pendant une semaine avec un budget M6 et que toi, Gérard, t'es tout seul avec ton PEL et ton livret A et que donc il te faudra travailler deux ans jours et nuits pour faire pareil ou à peu près, si tu ne te décourages pas avant…
 
En tout cas, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus…
 
Et mon joint de hublot ? J'ai même pas pris les fiches-conseils de Monsieur Bricolage ! Non, j'ai carrément appelé Monsieur Bricolage qui est venu me le changer. Mais au moins, la prochaine fois, j'aurai forcément le bon tournevis…

lundi 14 juillet 2014

In Nomine Patris...

Je prie sans savoir pourquoi. Je prie sans but pour la première fois. En général on prie avec une idée derrière la tête. On frotte un peu la lampe d'Aladin, quoi. On prie pour la paix dans le monde, par exemple, pour une cause, au moins, grande ou personnelle. Moi, d'habitude, je demande plein d'trucs, de la place de parking libre à la guérison de la leucémie de la fille de ma collègue, ça n'a pas de commune mesure, mais bon, comme ça, Dieu, il peut se reposer un peu, s'il veut… Mettons, s'il est en RTT, ben il préférera traiter la place de parking libre, ou la retrouvaille des clés de voiture perdues, plutôt que la guérison de la leucémie d'Euphrosine ou du furoncle de tante Germaine (si tant est que je trouve une raison de prier pour ça). C'est plus simple, et, bien qu'il soit tout puissant, niveau pénibilité de la tâche, y a pas photo. Ces derniers temps, je lui demandais de me trouver un mec ou de me rendre moins empotée avec les ceusses (avec une petite voix prout prout c'est marrant). Là, on est à mi-chemin entre la place au Super U et la guérison des malades. C'est pour ses jours fériés, on dira (ceux où tu bosses pas, mais où t'as pas bossé pour les avoir). Ceux, donc, où il sort quand même un peu la tête de son nuage, car en plus, la plupart des jours fériés sont des jours en son honneur, donc il est pas bégueule et ne rechigne pas trop à la tâche ces jours-là.
 
Mais, en ce moment, même en tenant compte de son planning (c'est un jour férié, aujourd'hui !), je ne sais pas quoi lui demander. Enfin, je ne sais plus. Et je ne sais pas pourquoi je ne sais plus. Je ne sais même pas pourquoi je ne sais pas pourquoi je n'sais plus. Alors je prie, sans savoir pourquoi. Pourtant je m'interroge, je me demande ce que je souhaiterais, mais comme je ne souhaite plus rien, alors je ne demande plus rien. (Allô, Nietzsche, tu as un créneau pour moi, là ?)
 
Quoique des raisons de prier, il n'en manque pas tant que ça… Y a qu'à écouter les absurdités du discours présidentiel, pas plus tard que tout à l'heure, qui nous dit qu'il faut avoir plus confiance en nous, en prenant pour modèle cette pauvre institutrice qui s'est fait poignarder par la mère d'un de ses élèves. Effectivement, elle dût avoir une si grande confiance en elle qui lui permît de donner à la confrontation avec le parent d'élève l'issue favorable qu'on connaît. Mais où puise-t-il cette audace (euphémisme), dans de telles circonstances, de nous dire d'avoir plus confiance en nous ? C'est pas en nous qu'on manque de confiance, gros malin, mais en nos institutions qui périclitent toutes, les unes après les autres, et qui sont incapables de nous garantir le minimum de sécurité requis pour aller bosser tranquille ! Et un autre planqué de la même couvée qui renchérit, sur France Inter, en nous disant, la fleur au fusil, sur un ton qui aurait aussi bien pu annoncer la météo ou le Point Route, en tout cas, moins concerné tu meurs, que la société actuelle est de moins en moins sécuritaire. (mais bon, moi j'men fous, je vais bouffer chez Fauchon avec les potes du Sénat, qu'il aurait pu ajouter pour être au moins un peu crédible).
 
Alors là, moi je dis, bravo les gars ! C'est bien vous qui zêtes aux commandes pourtant, non ? (avec une voix de demeurée pour qu'ils soient toujours encore un peu plus sûrs de leur cible, on est d'accord, ils nous prennent pour des cons ?) Mais du coup ? Si c'est vous qui zêtes aux commandes, vous avez pas un peu honte de nous dire ça comme ça ? C'est un peu comme si mon médecin se vantait d'avoir le plus grand nombre de décès du pays suite à ses consultations ?
 
Alors, oui, je crois qu'on a raison de prier, ptet même que c'est notre seule chance de pas couler, finalement ?
 
La France, premier pays consommateur de psychotropes au monde ! Alleluia, Seigneur ! T'as vu comme on s'en sort bien sans toi ? Les asiles sont pleins, les prisons, aussi, merci Flamby ! Laissons-les grossir ces bancs de détraqués que la société nous pond et qui s'regardent les pieds sans savoir à quoi ça sert, en ânonnant qu'ils ont des droits et qu'on fait mal notre boulot, nous, les poires qui suons nuit et jour pour gagner des clopinettes.
 
CONFIANCE qu'y nous fait l'autre. C'est pas ce qu'on leur avait dit à Hansel et Gretel quand ils se sont pointés devant la maison en pain d'épices ? On t'a compris François, parce qu'on a lu les contes des frères Grimm : on va droit dans l'mur !!
 
Heureusement qu'on a le foot, le mariage pour tous et les feux d'artifice du 14 juillet pour huiler tout ça et que ça passe mieux !
 
In nomine patris et filii et spiritus sancti, Amen.

dimanche 29 juin 2014

Guy Lagache

J'ai passé le week-end à essayer de sortir de ma solitude, en mode tête chercheuse.

J'ai 34 ans, je viens d'être promue tata une seconde fois par un petit garçon adorable, la première (une petite fille) datant déjà de deux ans. Ils sont mignons, je les adore, mais ils ont le défaut d'inaugurer une ère du renouveau qui pousse tous ceux du siècle dernier à l'obsolescence. Sans compter que personnellement, j'atteins l'âge fatidique, le cap des 35 où celui à partir duquel tu risques d'avoir des enfants trisomiques. (elle est pas belle la vie ?)
 
Donc, mode tête chercheuse ce week-end et tous ceux qui suivront.
 
Samedi, je suis donc allée au centre commercial avec le prétexte des soldes, mais le vrai but était tout autre : trouver un mec (et le bon si possible). Pour moi, un vrai exercice de lâcher prise, car si je fus sur la défensive jusqu'ici, les 35 balais qui approchent me font refuser de jouer encore le mystère (la timide quoi, mais ça fait faute avouée).
 
Je me répète en leitmotiv que je dois m'ouvrir et laisser les mecs venir à moi comme les mouches autour du pot de confiture (mais une belle mouche si possible).
 
Je passe le portillon d'entrée de chez Cultura. Ouah, ça marche ! si j'en crois le regard aguicheur que me jette le mec de la sécu. Il me scanne des pieds à la tête, comme si j'avais une étiquette Produit frais à consommer sur place. Oui, c'est un black et oui, d'accord, ils sont tous comme ça pourvu que tu sentes un peu les oestrogènes. Je n'insiste pas trop, même si, vu ma date de péremption, ce serait pas du luxe que… Non, ce que je cherche, c'est autre chose ! Et sur ça, je ne transigerai pas maintenant ! L'heure est grave ! C'est un reproducteur qu'il me faut, et pas de grande distribution de surcroît, une petite coopérative me suffirait.
 
J'arpente les rayons de luxure, euh… de culture, je me fonds entre les étals de livres en essayant d'y trouver quand même un intérêt. Tiens, cherchons les d'Ormesson pour voir si j'avais rhabillé papi un peu trop vite (voir le post précédent). Mince, je trouve pas d'Ormesson… C'est un signe ? Ah non, il faut chercher à « O » bien sûr… Ah, par contre, je trouve Djian et Despentes… Voyons… Baise-moi ou Mise en bouche… J'hésite… Je songe à piper les « D », euh… à quitter les « D », parce que je ne veux pas réveiller la perverse qui est en moi (surtout que Vas-y Francky est à deux pas, ben oui, le mec de la sécu), donc j'amorce un volte-face en partance vers d'autres achalandages.… et là ! Mon cerveau fait la culbute sur l'aire de Broca et j'en perds tout mon latin ! Il est là, juste devant moi, à quelques mètres de distance, le nez dans quelque bouquin, telle une vision christique ! C'est Lui, c'est l'Elu ! Le mâle alpha ! Visage buriné, chevelure souple à la Guy Lagache. Le mec qui faisait tomber toutes les filles quand il était jeune et qui continue quel que soit son âge. Le mec qui sait même pas qu'il est magnifique. (Mais si vous voyez ? Pour les filles, celui qui déclenche la réaction du loup de Tex Avery, et ptet pour certains hommes aussi…;-))
 
J'humecte bien mes lèvres, je dégage mes épaules et je te remonte l'allée à la Charlize Theron dans la pub J'adore de Dior. Dans ma tête, y a la musique même… À deux pas de lui, je passe ma main dans mes cheveux tout en ramenant une mèche négligemment sur ma joue… Je vais faire semblant de m'intéresser à un livre sur le même étalage que lui et quand il aura senti la puissance de mon aura sexuelle et qu'il sera obligé de relever la tête, ému par autant de charisme…
 
« Chéri !! Regarde ça ! » fait une blondasse qui remonte vers nous, un livre à la main. La vache ! c'est le dernier d'Ormesson, en plus, comme si mon calvaire n'était pas assez douloureux.
 
Putain !! crié-je intérieurement. La salope ! (ah oui, c'est vrai tous les mecs de mon âge et plus sont casés, j'avais oublié ce petit détail). Je remets ma robe intérieurement (merci Charlize) puisque je viens de me prendre une veste et je fais « volte-flasque » cette fois.
 
Comment qu'on s'inscrit à l'UNAPEI ? (Union Nationale des Amis et des Parents d'Enfants Inadaptés*)…
 
* oui, c'est limite, je sais, mais qui a dit que je devais me limiter ?

dimanche 22 juin 2014

Mais qui est Jean d'Ormesson ?

Un samedi soir sur la terre, comme chante Cabrel… avec en moins cette promesse d'une belle rencontre, alors je m'en remets à mon guide spirituel trompe-solitude, la télé. Et dans le fauteuil bleu du pape de France 2, un vieux monsieur au teint hâlé, aux dents immaculées, à la tenue presque parfaite (un sans faute sur l'échelle de Cordula) : un académicien ! (à savoir quelqu'un qui a désormais le droit de sortir un livre sur n'importe quoi en bénéficiant d'une promotion phénoménale). Mon instinct m'invite à changer de chaîne, car j'ai déjà entendu plusieurs fois pépé nous enfoncer ses portes ouvertes sur son ton professoral et évangélique et ça m'énerve. Et puis non, mon petit côté maso me fait rester. Et je ne suis pas déçue. Vas-y que papi bling-bling te sort tous ses poncifs sur la finitude de l'humanité et le sens de la vie, en parsemant ses saillies de citations plus ou moins en rapport avec le propos « Comme disait mon cher ami Gudule de la Hautecloque… » (oké j'l'ai inventé celui-là), « j'ai très bien connu Chateaubriand… » (qui va aller vérifier, en plus, vu l'âge du dinosaure ?). Et qu'on va tous mourir, fait-il en ayant pris le soin de nous avertir sur un ton sensationnaliste qu'il allait nous faire une révélation des plus odieuses. Le jeu de scène est millimétré, le ton grandiloquent (bravo la comm'). Et moi j'en ai déjà marre. Que papi, à l'approche du grand saut, se sente obligé de nous refourguer son lot d'angoisses en pleine poire comme ça, un samedi soir sur la terre… Mais je continue à écouter ce discours pseudo scientifique, philosophique, (ou de comptoir finalement), tout en me disant que n'importe qui aurait pu faire aussi bien, avec un peu d'entraînement. Un ptit coup de religion par-ci, un soupçon de sciences globales par-là (sans trop rentrer dans les détails sinon on sent l'arnaque) et puis, un peu de philo, pas trop de politique, parce que c'est plus trop la préoccupation principale de papi (soit il est au-dessus de tout ça, ou bien, plus vraisemblable, il est largué. De là à dire que sur le reste aussi, mais je ne me sens pas de pousser le bouchon jusque là.)
 
Du coup, l'assemblée ne sait pas trop sur quel pied danser : jouer l'admiration d'avoir le privilège d'entendre la performance d'un monsieur dont le nom figure dans le dictionnaire, ou bien montrer sa lassitude par des petits sourires en coin en attendant que ça se termine et qu'on remette papi au lit (attitude la plus représentée).
 
Attention je ne dis pas que papi n'a pas de talent (je n'ai pas lu la plupart de ses livres pour être honnête), mais bon sang, qu'il ne se sente pas obligé de nous donner des leçons sur la vie dans tous les derniers livres qu'il écrit et qui deviennent de moins en moins épais, à se demander si vraiment l'envie d'écrire vient de lui ou plutôt d'une commande expresse de l'éditeur qui tente de traire la vache à lait jusqu'au bout du possible.
 
Moi perso, j'en peux plus de ces discours sur la vie qui n'apportent rien au moulin, mais suffisamment par contre aux principaux intéressés qui s'en font les choux gras. Aristos, bobos et compagnie, qu'ils soient jugés avec le même étalon que les autres et qu'ils goûtent à la moiteur du placard de temps en temps.
 
Chuis dure ? Non, sincère.