Prologue ou Histoire de la fille qui ratait tout

Je ressens le besoin d'écrire mon histoire, de me raconter, comme si j'avais besoin des mots pour me sortir d'une impasse, d'un mal être, d'une incapacité à aller de l'avant. J'ai l'impression d'avoir fini un cycle, d'avoir bouclé une boucle, et d'en avoir saisi le mécanisme, de cette boucle, comme un système complexe et bien rodé dont on finit par percevoir le fonctionnement.

Et à trente ans – trente deux exactement – je crois que je peux le dire, j'en suis là, à ce moment de ma vie où je commence à comprendre mon fonctionnement. J'ai découvert qui j'étais : la fille qui rate tout.

samedi 2 août 2014

Téléré-alitée

À l'heure où la télévision ne nous pond plus que des émissions de téléréalité, on a quand même l'impression que l'échelle se rétracte, que le concept s'essouffle… En à peine un an, on est passés de « La plus belle région de France », au « Village préféré des Français », au « Jardin préféré des Français », puis à la « Maison préférée des Français », en passant par la « Meilleure boulangerie de France », « Mon bistrot préféré », et là je vois qu'on attaque bientôt « Le plus beau food truck de France » (baraque à frites quoi). Y a plus de budget ou quoi ? Ou alors ils nous ont tellement conditionnés qu'on ne se rend même plus compte qu'on s'fait entuber…

Les plus forts, c'est M6, vous savez, les émissions sado-maso où, dans une ambiance conviviale faux-cul, on écoute des gens détruire avec un plaisir jouissif en deux-trois phrases ce que d'autres ont mis toute une vie à bâtir, et qui s'mettent à pleurer ensuite quand c'est leur tour d'écouter les commentaires de leurs hôtes. Personnellement, j'ai pas encore compris ce qui peut pousser quelqu'un à vouloir s'infliger ça.
 
« Jean-Patrick est vraiment quelqu'un de gentil, mais sa maison, c'est de la merde. » 
 
« Regardez, (montrant à la caméra devant des millions de téléspectateurs), y a des poils de cul sous la lunette des chiottes ! »
 
Alors… Puisqu'on y est presque, du coup, à quand « La plus belle pissotière de France » ?
 
« Comme tu peux le voir, Stéphane, avec Josiane, on a décidé de mettre de la moumoute sur la lunette, une fois, (c'est forcément d'influence belge à ce stade-là), pour qu't'ayes le cul plus confort (belge et terroir), pis qu't'ayes pas froid, et en plus elle est antiallergénique, comme ça, ton derrière, l'est pas irrité… Et la chasse d'eau, elle est amovible pour que tu puisses poser ton dos, et à air comprimé pour que tes selles, elles partent plus vite. Par contre, faut bien fermer la lunette, du coup, sinon tu risques de r'tapisser tes communs… On a mis des murs antibruits pour pas entendre le « plouf » et tu peux mettre la musique, au cas où qu'tu soyes un peu encombré, ça couvre bien. Sinon y a un casque, aussi, pour te détendre, ou te stimuler un peu, dans le cas où ça sort pas comme y faut. C'est du Patrick Foireux et du Chimène Badi, (pour quand tu « chies même pas, dis »… oui bon.) Ça stimule bien. Mais y a de la musique pour tous les goûts, en fait. Sans oublier le diffuseur de parfum automatique avec détecteur d'odeurs. Il diffuse le parfum adéquat selon le niveau d'odeurs de 1 à 10. Pour une odeur de puissance 10, par exemple, il envoie du Chanel Numéro 5. 
 
– Forrrrmidable !!!!! » (dixit Stéph')
 
Ou sous bannière M6, « Viens pisser chez moi » !
 
« Je mets 2 parce que le papier se dédouble »
« Moi je mets 3 parce que j'ai entendu Catherine péter. »
« Le coup des toilettes suspendues, moi je suis pas convaincue. C'est vrai que ça libère plus facilement, mais ça donne envie de gerber… »
« Cette grande baie vitrée dans les toilettes, j'avoue que ça inhibe un peu… »
« Les toilettes à trois places, c'est vraiment une bonne idée. Ça sort un peu des sentiers battus. »
« Les toilettes de Pierre, elles sont à chier (ahahah). Je suis passé après Catherine et j'peux vous dire qu'il n'y avait pas de diffuseur de parfum. Ou bien c'est Catherine qu'a le cul pourri… »
« On s'en débouche une pour fêter, ça ? Une bouteille bien sûr ! Ahahah ! »
 
Avec un ptit buffet d'aliments laxatifs en prélude.
 
« Je vous ai concocté une tourte aux pruneaux et son jus de cointreau, et en dessert, ma tarte Fuca et sa marmelade d'oranges amères »
 
Ça aurait d'la gueule, non ?
 
Patience, ce n'est qu'une question de temps… ;-)


dimanche 20 juillet 2014

Bricolomania

Ah le magasin de bricolage ! Objet transitionnel de nos fantasmes d'aménagements. Si si ! "transitionnel", un peu comme les doudous des enfants qui remplacent symboliquement les parents, ben symboliquement, le magasin de bricolage remplace tes rêves d'aménagement. Parce que c'est le lieu de tous les possibles (enfin tout y est quoi) et pourtant tu sais que t'en feras pas les trois-quarts (par manque de budget, de temps, de courage surtout), mais rien que d'y être, c'est comme si tout était encore possible.

Sauf que… on part pas tous avec les mêmes avantages. Moi, quand il fallut que je changeasse le joint de hublot de ma machine à laver, comme toute célib' qui se respecte, j'ai foncé sur internet voir un tuto (tutoriel, oui.) Et trop flattée par la facilité qu'offrait la chose, losque le gars qui fit cela en deux minutes chrono me dit qu'il suffisait d'un tournevis, j'aurais dû flairer le piège. Certes, un tournevis, mais LE tournevis et pas n'importe lequel ! Spécialement celui que tu n'as pas dans ta boîte à outils !! Le cruciforme T20 X L80 X Y300 X P800 (T = taille / L = longueur / Y = Y en a marre / P = Pourquoi tous ces chiffres !! Au moins je sais pourquoi il s'appelle Dexter mon tournevis, c'est pour les psychopathes)
 
Alors j'y allai, chez Leroy-Merlin. À reculons, hélas…
 
J'entre dans le sacro-saint temple des frimeurs du dimanche et je commence à suer à grosses gouttes. Le magasin est plus grand que le Parc des expos et rien n'indique le rayon des crucifix ! Euh des cruciformes, mais vu que je songe à mettre fin à mes jours avec le râteau qui est à ma portée, le premier mot est plus approprié. Non allez, courage ! On devrait quand même y arriver !
 
Je repère le rayon des tournevis sur le module informatique placé astucieusement à cet effet. J'essaie de mémoriser le labyrinthe à parcourir pour ne pas avoir à demander mon chemin en cours et trahir mon dilettantisme. En même temps, point trop de scrupules n'en faut, une femme dans un magasin de bricolage, on ne s'attend pas à ce qu'elle t'explique le fonctionnement d'une dégauchisseuse ou d'un compresseur à air. Mais bon, j'fais un peu comme tout le monde, je me donne l'air d'une femme forte et indépendante qui répare sa machine à laver toute seule. (Oui bon oké une galérienne) J'avance d'un pas ferme, genre "j'm'y connais".
 
Au bout d'une heure de recherche active de mon rayon, j'y suis enfin. Je suis devant les tournevis ! Punaise ! Y en a trop ! Moi j'ai juste pris le mien en sachant qu'il m'en faut un plus petit, mais y en a au moins une bonne vingtaine de plus petits ! Tant pis. J'les prends tous. Dommage pour le budget, ça va faire un peu mal. Il doit se demander ce qu'il me prend le mec d'à côté. Soit il est admiratif de penser que j'ai besoin d'autant de tournevis, car ce que je dois faire doit être phénoménal. Ou alors il a compris et là, c'est trop la honte. Il a compris vu qu'il sourit. Je la ramène donc pas trop. Lui, c'est le type "chevronné". Si ! Ça s'voit, avec sa petite liste et son chariot genre t'as vu tout ce que j'vais prendre… et le crayon sur l'oreille, ça, ça trompe pas ! Va essayer de te faire tenir un crayon sur l'oreille, toi ! Il a déjà plein de trucs dont j'ignorais l'existence dans son caddie et il continue à le remplir. Comme il doit maîtriser… J'imagine sa maison qu'il aura toute faite lui-même, en bois bien sûr, avec un insert parce que ça chauffe bien mieux et c'est esthétique et des panneaux solaires sur le toit parce qu'il faut penser à la planète. Je suis sûre que sa femme ressemble à Barbie et qu'elle est tellement fière de lui ! (Jalouse ? Euh… un peu.) Une promenade de santé pour lui. Il n'a qu'un exemplaire de tout ce qu'il prend, lui, bien sûr, et pas cet air désemparé de chien devant sa boîte de pâtée fermée.
 
Je repère un groupe de vendeurs qui me matent en coin. Ils attendent la faille, le moindre signe de détresse pour me tomber dessus. Faut les comprendre, remarque, côtoyant le Jacky toute la journée, quand une Brenda se pointe avec son air de pas avoir inventé l'eau tiède, c'est relâche ! C'est du tout cuit ! (et ptet plus si affinités). Eh oui, la femme dans un magasin de bricolage, c'est une proie facile. Elle est en position de faiblesse. Entourée de trucs virils dont par définition elle ne sait pas se servir, il lui faudra forcément un aiguilleur voire même un démonstrateur. Pensez-y les mecs pour draguer ! Postulez chez Casto ! (Quoique, en fait, des femmes, vous en verrez pas tant que ça, hormis des camionneuses, mais bon…)
 
Je regarde discrètement vers les vendeurs. Mignons comme tout, en plus. "Houlà là, comment on se sert d'un tournevis, monsieur bricolage ? Et on la met dans le petit trou la vis ? Avec le gros tournevis ? C'est à vous tous ces muscles ? Han !" Et que ça s'battrait pour m'expliquer.
 
Ben oui, un magasin de bricolage, si c'est l'angoisse absolue pour une femme (oui, c'est cliché, mais bon, dans les clichés y a toujours un peu de vrai), pour les hommes, c'est une arène à combats de coqs. C'est à qui aura le plus gros tournevis, la plus grosse perceuse, le plus de planches dans son caddie. Qui aura l'outil le plus compliqué et le talent de savoir s'en servir… Je soupçonne même la plupart de se la jouer, au moins pour faire la paon devant leur femme. "Mais si Jocelyne, bien sûr que ça rentre ! J'ai pris les dimensions. Mais bien sûr que je peux te le fabriquer ton jacuzzi. Y a rien de plus facile !" Ouais. Sauf que Gérard, il va acheter tout le matos, et, la semaine prochaine, il reviendra le rendre, ou, dans le meilleur des cas, si sa fierté ne supporte pas le choc, il passera tout son dimanche après-midi prochain au magasin de bricolage, tout seul en catimini (évidemment sans Jocelyne cette fois), pour venir chercher les fiches-conseils de Monsieur Bricolage qu'il avait pas prises la première fois avec Jocelyne soi-disant que c'était dans les gènes de l'homme de maîtriser tout ça. Pensez-y maintenant, les filles, quand vous mourrez d'admiration devant Musclor en salopette, l'air déjà concentré sur les grandes réalisations qu'il s'apprête à faire (ou pas) avec tout le contenu de son caddie bien rempli. Parce que oui, avec Valérie Damidot et Marc-Emmanuel, ça a l'air simple de transformer son taudis en photo de brochure de chez Casto, deux-trois tits coups d'scie, un tit coup d'pinceau. Sauf que eux, ils sont cinquante à l'ouvrage pendant une semaine avec un budget M6 et que toi, Gérard, t'es tout seul avec ton PEL et ton livret A et que donc il te faudra travailler deux ans jours et nuits pour faire pareil ou à peu près, si tu ne te décourages pas avant…
 
En tout cas, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus…
 
Et mon joint de hublot ? J'ai même pas pris les fiches-conseils de Monsieur Bricolage ! Non, j'ai carrément appelé Monsieur Bricolage qui est venu me le changer. Mais au moins, la prochaine fois, j'aurai forcément le bon tournevis…

lundi 14 juillet 2014

In Nomine Patris...

Je prie sans savoir pourquoi. Je prie sans but pour la première fois. En général on prie avec une idée derrière la tête. On frotte un peu la lampe d'Aladin, quoi. On prie pour la paix dans le monde, par exemple, pour une cause, au moins, grande ou personnelle. Moi, d'habitude, je demande plein d'trucs, de la place de parking libre à la guérison de la leucémie de la fille de ma collègue, ça n'a pas de commune mesure, mais bon, comme ça, Dieu, il peut se reposer un peu, s'il veut… Mettons, s'il est en RTT, ben il préférera traiter la place de parking libre, ou la retrouvaille des clés de voiture perdues, plutôt que la guérison de la leucémie d'Euphrosine ou du furoncle de tante Germaine (si tant est que je trouve une raison de prier pour ça). C'est plus simple, et, bien qu'il soit tout puissant, niveau pénibilité de la tâche, y a pas photo. Ces derniers temps, je lui demandais de me trouver un mec ou de me rendre moins empotée avec les ceusses (avec une petite voix prout prout c'est marrant). Là, on est à mi-chemin entre la place au Super U et la guérison des malades. C'est pour ses jours fériés, on dira (ceux où tu bosses pas, mais où t'as pas bossé pour les avoir). Ceux, donc, où il sort quand même un peu la tête de son nuage, car en plus, la plupart des jours fériés sont des jours en son honneur, donc il est pas bégueule et ne rechigne pas trop à la tâche ces jours-là.
 
Mais, en ce moment, même en tenant compte de son planning (c'est un jour férié, aujourd'hui !), je ne sais pas quoi lui demander. Enfin, je ne sais plus. Et je ne sais pas pourquoi je ne sais plus. Je ne sais même pas pourquoi je ne sais pas pourquoi je n'sais plus. Alors je prie, sans savoir pourquoi. Pourtant je m'interroge, je me demande ce que je souhaiterais, mais comme je ne souhaite plus rien, alors je ne demande plus rien. (Allô, Nietzsche, tu as un créneau pour moi, là ?)
 
Quoique des raisons de prier, il n'en manque pas tant que ça… Y a qu'à écouter les absurdités du discours présidentiel, pas plus tard que tout à l'heure, qui nous dit qu'il faut avoir plus confiance en nous, en prenant pour modèle cette pauvre institutrice qui s'est fait poignarder par la mère d'un de ses élèves. Effectivement, elle dût avoir une si grande confiance en elle qui lui permît de donner à la confrontation avec le parent d'élève l'issue favorable qu'on connaît. Mais où puise-t-il cette audace (euphémisme), dans de telles circonstances, de nous dire d'avoir plus confiance en nous ? C'est pas en nous qu'on manque de confiance, gros malin, mais en nos institutions qui périclitent toutes, les unes après les autres, et qui sont incapables de nous garantir le minimum de sécurité requis pour aller bosser tranquille ! Et un autre planqué de la même couvée qui renchérit, sur France Inter, en nous disant, la fleur au fusil, sur un ton qui aurait aussi bien pu annoncer la météo ou le Point Route, en tout cas, moins concerné tu meurs, que la société actuelle est de moins en moins sécuritaire. (mais bon, moi j'men fous, je vais bouffer chez Fauchon avec les potes du Sénat, qu'il aurait pu ajouter pour être au moins un peu crédible).
 
Alors là, moi je dis, bravo les gars ! C'est bien vous qui zêtes aux commandes pourtant, non ? (avec une voix de demeurée pour qu'ils soient toujours encore un peu plus sûrs de leur cible, on est d'accord, ils nous prennent pour des cons ?) Mais du coup ? Si c'est vous qui zêtes aux commandes, vous avez pas un peu honte de nous dire ça comme ça ? C'est un peu comme si mon médecin se vantait d'avoir le plus grand nombre de décès du pays suite à ses consultations ?
 
Alors, oui, je crois qu'on a raison de prier, ptet même que c'est notre seule chance de pas couler, finalement ?
 
La France, premier pays consommateur de psychotropes au monde ! Alleluia, Seigneur ! T'as vu comme on s'en sort bien sans toi ? Les asiles sont pleins, les prisons, aussi, merci Flamby ! Laissons-les grossir ces bancs de détraqués que la société nous pond et qui s'regardent les pieds sans savoir à quoi ça sert, en ânonnant qu'ils ont des droits et qu'on fait mal notre boulot, nous, les poires qui suons nuit et jour pour gagner des clopinettes.
 
CONFIANCE qu'y nous fait l'autre. C'est pas ce qu'on leur avait dit à Hansel et Gretel quand ils se sont pointés devant la maison en pain d'épices ? On t'a compris François, parce qu'on a lu les contes des frères Grimm : on va droit dans l'mur !!
 
Heureusement qu'on a le foot, le mariage pour tous et les feux d'artifice du 14 juillet pour huiler tout ça et que ça passe mieux !
 
In nomine patris et filii et spiritus sancti, Amen.

dimanche 29 juin 2014

Guy Lagache

J'ai passé le week-end à essayer de sortir de ma solitude, en mode tête chercheuse.

J'ai 34 ans, je viens d'être promue tata une seconde fois par un petit garçon adorable, la première (une petite fille) datant déjà de deux ans. Ils sont mignons, je les adore, mais ils ont le défaut d'inaugurer une ère du renouveau qui pousse tous ceux du siècle dernier à l'obsolescence. Sans compter que personnellement, j'atteins l'âge fatidique, le cap des 35 où celui à partir duquel tu risques d'avoir des enfants trisomiques. (elle est pas belle la vie ?)
 
Donc, mode tête chercheuse ce week-end et tous ceux qui suivront.
 
Samedi, je suis donc allée au centre commercial avec le prétexte des soldes, mais le vrai but était tout autre : trouver un mec (et le bon si possible). Pour moi, un vrai exercice de lâcher prise, car si je fus sur la défensive jusqu'ici, les 35 balais qui approchent me font refuser de jouer encore le mystère (la timide quoi, mais ça fait faute avouée).
 
Je me répète en leitmotiv que je dois m'ouvrir et laisser les mecs venir à moi comme les mouches autour du pot de confiture (mais une belle mouche si possible).
 
Je passe le portillon d'entrée de chez Cultura. Ouah, ça marche ! si j'en crois le regard aguicheur que me jette le mec de la sécu. Il me scanne des pieds à la tête, comme si j'avais une étiquette Produit frais à consommer sur place. Oui, c'est un black et oui, d'accord, ils sont tous comme ça pourvu que tu sentes un peu les oestrogènes. Je n'insiste pas trop, même si, vu ma date de péremption, ce serait pas du luxe que… Non, ce que je cherche, c'est autre chose ! Et sur ça, je ne transigerai pas maintenant ! L'heure est grave ! C'est un reproducteur qu'il me faut, et pas de grande distribution de surcroît, une petite coopérative me suffirait.
 
J'arpente les rayons de luxure, euh… de culture, je me fonds entre les étals de livres en essayant d'y trouver quand même un intérêt. Tiens, cherchons les d'Ormesson pour voir si j'avais rhabillé papi un peu trop vite (voir le post précédent). Mince, je trouve pas d'Ormesson… C'est un signe ? Ah non, il faut chercher à « O » bien sûr… Ah, par contre, je trouve Djian et Despentes… Voyons… Baise-moi ou Mise en bouche… J'hésite… Je songe à piper les « D », euh… à quitter les « D », parce que je ne veux pas réveiller la perverse qui est en moi (surtout que Vas-y Francky est à deux pas, ben oui, le mec de la sécu), donc j'amorce un volte-face en partance vers d'autres achalandages.… et là ! Mon cerveau fait la culbute sur l'aire de Broca et j'en perds tout mon latin ! Il est là, juste devant moi, à quelques mètres de distance, le nez dans quelque bouquin, telle une vision christique ! C'est Lui, c'est l'Elu ! Le mâle alpha ! Visage buriné, chevelure souple à la Guy Lagache. Le mec qui faisait tomber toutes les filles quand il était jeune et qui continue quel que soit son âge. Le mec qui sait même pas qu'il est magnifique. (Mais si vous voyez ? Pour les filles, celui qui déclenche la réaction du loup de Tex Avery, et ptet pour certains hommes aussi…;-))
 
J'humecte bien mes lèvres, je dégage mes épaules et je te remonte l'allée à la Charlize Theron dans la pub J'adore de Dior. Dans ma tête, y a la musique même… À deux pas de lui, je passe ma main dans mes cheveux tout en ramenant une mèche négligemment sur ma joue… Je vais faire semblant de m'intéresser à un livre sur le même étalage que lui et quand il aura senti la puissance de mon aura sexuelle et qu'il sera obligé de relever la tête, ému par autant de charisme…
 
« Chéri !! Regarde ça ! » fait une blondasse qui remonte vers nous, un livre à la main. La vache ! c'est le dernier d'Ormesson, en plus, comme si mon calvaire n'était pas assez douloureux.
 
Putain !! crié-je intérieurement. La salope ! (ah oui, c'est vrai tous les mecs de mon âge et plus sont casés, j'avais oublié ce petit détail). Je remets ma robe intérieurement (merci Charlize) puisque je viens de me prendre une veste et je fais « volte-flasque » cette fois.
 
Comment qu'on s'inscrit à l'UNAPEI ? (Union Nationale des Amis et des Parents d'Enfants Inadaptés*)…
 
* oui, c'est limite, je sais, mais qui a dit que je devais me limiter ?

dimanche 22 juin 2014

Mais qui est Jean d'Ormesson ?

Un samedi soir sur la terre, comme chante Cabrel… avec en moins cette promesse d'une belle rencontre, alors je m'en remets à mon guide spirituel trompe-solitude, la télé. Et dans le fauteuil bleu du pape de France 2, un vieux monsieur au teint hâlé, aux dents immaculées, à la tenue presque parfaite (un sans faute sur l'échelle de Cordula) : un académicien ! (à savoir quelqu'un qui a désormais le droit de sortir un livre sur n'importe quoi en bénéficiant d'une promotion phénoménale). Mon instinct m'invite à changer de chaîne, car j'ai déjà entendu plusieurs fois pépé nous enfoncer ses portes ouvertes sur son ton professoral et évangélique et ça m'énerve. Et puis non, mon petit côté maso me fait rester. Et je ne suis pas déçue. Vas-y que papi bling-bling te sort tous ses poncifs sur la finitude de l'humanité et le sens de la vie, en parsemant ses saillies de citations plus ou moins en rapport avec le propos « Comme disait mon cher ami Gudule de la Hautecloque… » (oké j'l'ai inventé celui-là), « j'ai très bien connu Chateaubriand… » (qui va aller vérifier, en plus, vu l'âge du dinosaure ?). Et qu'on va tous mourir, fait-il en ayant pris le soin de nous avertir sur un ton sensationnaliste qu'il allait nous faire une révélation des plus odieuses. Le jeu de scène est millimétré, le ton grandiloquent (bravo la comm'). Et moi j'en ai déjà marre. Que papi, à l'approche du grand saut, se sente obligé de nous refourguer son lot d'angoisses en pleine poire comme ça, un samedi soir sur la terre… Mais je continue à écouter ce discours pseudo scientifique, philosophique, (ou de comptoir finalement), tout en me disant que n'importe qui aurait pu faire aussi bien, avec un peu d'entraînement. Un ptit coup de religion par-ci, un soupçon de sciences globales par-là (sans trop rentrer dans les détails sinon on sent l'arnaque) et puis, un peu de philo, pas trop de politique, parce que c'est plus trop la préoccupation principale de papi (soit il est au-dessus de tout ça, ou bien, plus vraisemblable, il est largué. De là à dire que sur le reste aussi, mais je ne me sens pas de pousser le bouchon jusque là.)
 
Du coup, l'assemblée ne sait pas trop sur quel pied danser : jouer l'admiration d'avoir le privilège d'entendre la performance d'un monsieur dont le nom figure dans le dictionnaire, ou bien montrer sa lassitude par des petits sourires en coin en attendant que ça se termine et qu'on remette papi au lit (attitude la plus représentée).
 
Attention je ne dis pas que papi n'a pas de talent (je n'ai pas lu la plupart de ses livres pour être honnête), mais bon sang, qu'il ne se sente pas obligé de nous donner des leçons sur la vie dans tous les derniers livres qu'il écrit et qui deviennent de moins en moins épais, à se demander si vraiment l'envie d'écrire vient de lui ou plutôt d'une commande expresse de l'éditeur qui tente de traire la vache à lait jusqu'au bout du possible.
 
Moi perso, j'en peux plus de ces discours sur la vie qui n'apportent rien au moulin, mais suffisamment par contre aux principaux intéressés qui s'en font les choux gras. Aristos, bobos et compagnie, qu'ils soient jugés avec le même étalon que les autres et qu'ils goûtent à la moiteur du placard de temps en temps.
 
Chuis dure ? Non, sincère.

mardi 10 juin 2014

Tempête dans un verre d'eau

En buvant ma tisane Hildegarde de Bingen recommandée par môman, je me demandais ce que j'écrirais là si je me mettais à écrire ce que je suis en train de penser. Puisque je ne suis pas plus inspirée, alors tentons l'exercice. Là tout de suite, je pense à mon boulot. À l'augmentation que je viens d'avoir, je souris, puis je passe à l'univers plus proche de ma tasse de tisane, en pestant d'avoir encore une fois laissé l'eau bouillir trop longtemps, ce qui me vaudra d'attendre trois heures avant de boire mon Hildegarde… Je ressaute vite dans ma rétrospective de la journée pour rester quelques secondes sur l'image du formateur de ce matin, charmant. Je saute au bruit des oiseaux dehors qui sont tout contents de retrouver le printemps. Et que ça piaille et que ça se lisse les plumes jusqu'à la prochaine averse de grêle qui, vu l'état du ciel, ne saurait tarder. Retour à ma tasse de tisane, est-elle refroidie ? Non. J'ai fait la vaisselle, au fait ? Oui. Je me repasse mentalement le programme de télé de ce soir pour voir si y aurait pas quand même quelque chose qui pourrait me détourner de cet exercice stérile. Tiens, je me souviens plus… Ah si ! des séries de flics ou de juges ; l'émission de pâtisserie (mais vu que j'ai un peu mal au ventre, je vais éviter pour ne pas me donner de mauvaises idées) et comme toujours, un film que j'ai envie de voir sur Canal Plus mais je n'ai pas Canal Plus. Et puis, comme j'ai posté à tous mes amis Facebook hier une vidéo qui nous met en garde contre les écrans qui peuplent nos vies et qui nous font passer à côté de l'essentiel ‒ enfin j'ai quand même pris le temps de liker et de l'envoyer à tous mes amis, donc je suis pas sortie d'affaire ‒, alors je vais passer sur la télé pour sauver ma bonne conscience. Je pense à ma flemme, à mon envie d'écrire, à mon manque d'inspiration, à la chienlit qui s'inscrit en direct live sur mon écran. Je pense que je suis ridicule de m'infliger ça. Mais que ça muscle au moins les doigts. Et mon esprit tente alors de s'élever vers des sphères supérieures (allez un ptit coup d'piolet et on y est), j'ai pris de la distance (comme quand on clique sur le moins de Google map) pour embrasser soudain ma pauvre condition d'être humain et l'aliénation du poids des conventions et autres diktats paralysants. Et ma tisane, elle en est où ? P***, c'est toujours aussi chaud ! Et je pense à mon retour au concret si rapide, alors que je venais de m'élever à un niveau de réflexion frôlant le Nobel de philosophie. (Tiens, ça existe ? Ché pas). Je ne côtoierai donc pas ce soir le panthéon des illustres penseurs, c'est certain… Tiens 22 heures. Déjà ? Pour bien faire il faudrait que j'aille au lit. Que j'aïoli. Je bloque sur le mot. Ça voudrait dire quoi comme ça ? Aïolier : faire de la sauce aïoli ? Tiens, ça me fait penser que je dois essayer une recette… je ne sais plus laquelle mais une recette que j'ai dans mes affaires… et si ça se trouve, à base d'aïoli ? Ce serait drôle comme coïncidence. Ou pas (thétique). Elle aime pas tous mes tics. Merde. Un rien fait sauter mes pensées. Recentration. Recentrement… ? Ah le voilà ! Recentrage ! Sur quoi ? … Sur mes doigts. Ils sont beaux mes doigts qui tapent sur le clavier. Je tape à deux doigts, dis donc, la honte. Oui, mais vite, alors, ça compense. Non, c'est trop la honte. Mais j'ai jamais réussi à taper avec tous les doigts. Sur les dix, j'en ai deux très actifs (les index), deux par intermittence (les pouces pour les espaces), deux sur le banc de touche (les majeurs pour quand les index sont fatigués) et quatre qui foutent absolument rien (les autres). Ah les boulets ! Un tit coup d'piolet, là, ça serait pas de trop, non ? Allez on monte, ou on dézoome au choix. Je pense à la Terre du coup. En disant ça, j'ai mentalement dézoomé sur Google map. Je suis une touriste de l'espace. Avec Richard Branson. Ah ! le gars quand même quand on y pense… Comme il nous met la misère. Toi t'es le quidam qui vient tenter sa chance au loto avec son rêve de piscine, de maison ou de ballon dirigeable. Lui, sans gratter aucun ticket, il arrive, et paf, il te fout sa fusée Club Med ou son Supersonic Paris New York en cinq minutes sur le coin d'la gueule. Pauvres petites merdes qu'il doit penser. Et avec son sourire et son bronzage permanents, il est énervant, non ? (comme je suis polie). Et quand on pense que d'autres types ou typettes (ou typex, encore mieux, qu'on les efface!) de son genre vont payer des millions pour passer quelques heures dans l'espace quand leurs mêmes millions pourraient sauver des millions de personnes. Franchement, seront-ils vraiment plus heureux, une fois qu'ils seront montés là-haut ? Cela va-t-il changer le cours de leur existence ? Vont-ils vraiment profiter de ces moments magiques entre les vomissements et pertes de connaissance liées aux accélérations et aux dépressurisations ? Mais qu'ils étouffent avec leurs vomissures au moment de réaliser leur prétendu rêve, ingrat pour les trois-quarts de la planète qui rêvent seulement d'avoir un peu de pain dans leur assiette. Je m'égare. De quoi remarque ? Ah oui ! Ma tisane. Merde, elle est froide.

mardi 29 avril 2014

Ah mon Dieu qu'c'est embêtant...

Plus la tête à écrire en ce moment… J'ai les idées qui dérapent sur ma matière triste. Les concepts qui s'téléscopent. Les sentiments qui s'rentrent dedans. Les émotions qui tournent en rond. L'amygdale qui pige que dalle. Le limbique qui rebique et l'hypocampe qui décampe. Les hémisphères qui s'font la guerre. Des cirrus plein les girus. Les méninges qui se singent. Les synapses qui collapsent. Les lobes qui se snobent. Le cervelet qu'est soupe au lait. Le corps calleux qu'est pas fameux. Le bulbe qui titube. Le thalamus qui s'amuse, pendant qu'l'hypo prend du repos. L'aire de Broca qu'est dans l'caca. La cafetière qui prolifère, la théière qui se perd, le carafon qu'est à fond, le ciboulot qui prend l'eau, la caboche qui s'effiloche, la bobine qui s'débine, la citrouille qui dérouille, le caillou qui prend l'mou, le cigare qui s'égare, le citron qu'est marron, la binette qui s'entête, la calebasse qui se tasse, le cassis qui durcit, le melon qu'est pas bon, la terrine qui se mine.
 
Et le cerveau qui fait des vers sots. :(