Prologue ou Histoire de la fille qui ratait tout

Je ressens le besoin d'écrire mon histoire, de me raconter, comme si j'avais besoin des mots pour me sortir d'une impasse, d'un mal être, d'une incapacité à aller de l'avant. J'ai l'impression d'avoir fini un cycle, d'avoir bouclé une boucle, et d'en avoir saisi le mécanisme, de cette boucle, comme un système complexe et bien rodé dont on finit par percevoir le fonctionnement.

Et à trente ans – trente deux exactement – je crois que je peux le dire, j'en suis là, à ce moment de ma vie où je commence à comprendre mon fonctionnement. J'ai découvert qui j'étais : la fille qui rate tout.

jeudi 19 mars 2015

Ma Twingo et moi

On a un problème, nous les femmes, avec les voitures. Et maintenant, j'en suis convaincue.
 
Je sors de chez Roady, le garagiste.
Il m'a changé les deux pneus avant.
J'ai crevé.
En allant au travail, sur une route de campagne où les gens filent à toute allure vers leur destinée laborieuse de la journée. Autant dire : j'ai crevé, seule au milieu des autres.
 
Alors j'ai rassemblé tout mon courage et ma mémoire vive pour rechercher dans mes souvenirs comment faisait papa.
Je me suis dirigée vers le coffre de tous les espoirs, j'ai soulevé ce maudit faux plancher et j'ai abordé ma roue de secours :
 
– Alors, toi t'es là ! Et ton copain le cric, il est où, lui ? Ah, oui, dessous…
 
Je soulevai donc ma roue de secours et empoignai le « copain » cric en l’auscultant comme l'Homme de Néandertal découvrant le silex. Je le tournai, le retournai, actionnai la manivelle dans le vide en regardant béatement l'écartement des deux bras de levier augmenter, jusqu'à ce que la révélation se produisît, c'est-à-dire que mon expérimentation tâtonnante entrât en résonance avec les bribes de souvenirs de mon père qui bricolait.
 
Je me dirigeai alors, pleine de conviction, vers le lieu du méfait et soumis mes supputations à l'épreuve du réel. Sans hésitation, j'emmanchai l'engin au châssis, et, d'un claquement de doigt, je me mis à soulever ma demi-tonne de Twingo – qui, vu l'âge, avait dû prendre du poids, ah non c'est vrai, elles, elles ont plutôt tendance à laisser des pièces sur le bord de la route… – pas peu fière.
 
J'aurais bien voulu que papa soit là pour admirer ma dextérité, ou au moins un spectateur, mais que dalle. En cette heure de la journée, les âmes serviles et routinières fuyaient toutes, sur la même rengaine d'indifférence, vers leur but précis et contraint. Et si, du coup, personne de disponible pour m'admirer, encore moins pour m'aider. Car, aussi fière de moi que je fusse, (qui pensais avoir fait les trois quarts du boulot), il fallut bien tout de même que je consente à admettre que l'enjeu ne consistait pas uniquement à soulever la voiture, mais surtout à retirer le pneu crevé pour y substituer la roue de secours.
 
Et là, l'ingéniosité du cric ou de toute autre machine conçue pour rendre la vie des femmes plus facile n'aurait servi à rien vu que les quatre écrous servant à fixer la roue au moyeu étaient aussi serrés qu'un pot à cornichons refermé par Hulk et que, dans ce cas, même l'outil inventé spécialement pour l'ouvrir (appelé clé à pipe dans le cas présent) ne sert plus à rien. Plus question de prouesses techniques donc, mais d'une démonstration de sirtaki un peu enragé avec coups de talons à en faire péter les ceusses sur l'écrou. Et, pour m'accompagner dans cette décrépitude, non, pas Zorba le Grec descendu de son beau nuage, ou alors que le nuage, car il se mit à pleuvoir.
Mais, au bout d'une bonne demi-heure de sirtaki, Veni Vidi Vici !! ma roue de secours était en place ! Et une foule en liesse venue du même nuage que Zorba faisait une ola en mon honneur.
 
Trempée, les talons niqués et les cuisses crampées, je m'engouffrai dans ma Twingo, un peu saoulée tout de même, mais lorsque j'arrivai au boulot, en retard et les mains noires de graisse, je pus savourer les bienfaits de ma mésaventure en me la racontant comme d'un exploit, avec fausse modestie, suscitant l'admiration des collègues (féminines uniquement bien sûr) « Mais tu as su changer ta roue toute seule ? – Oh, tu sais, on s'en fait tout une histoire, mais en fait, c'est assez simple… ». Et qu'il ne s'agît que d'une roue changée ne changea rien à l'affaire, puisque de réconfort j'avais trop besoin.
 
Lorsque trois jours plus tard j'allai faire remettre des pneus neufs – parce qu'évidemment la loi veut que l'usure et la marque de deux pneus postés sur la même ligne soient les mêmes – malgré mon exploit mécanique, je ne dérogeai cependant pas à la règle qui veut qu'une femme dans un garage se sente comme une tranche de jambon dans un plat végétarien, c'est-à-dire, pas à sa place.
 
Le mécanicien en charge de ma voiture semblait, en plus, vouloir remodeler l'intérieur du coffre de ma voiture à coups de maillet alors qu'il était simplement censé changer les deux pneus avant, alors je m'avance (j'avais su changer une roue, c'était pas à moi qu'on allait raconter que pour changer les pneus avant il fallait passer par le coffre) :
 
– Hum… Vous faites quoi, là ?
 
Le gars se retourne, surpris, presque gêné, et m'explique que la roue de secours ne rentrait plus dans le coffre, à cause d'une déformation de la carrosserie et qu'il venait donc de débosseler l'endroit en question pour qu'elle puisse y loger convenablement.
 
– Vous vous êtes fait rentrer dedans par derrière, non ?
 
Mince, je venais de jouer à l'inspecteur des travaux finis alors même qu'il faisait du zèle sans contrepartie. Je me composai donc vite un sourire qui balaya mon air soupçonneux des minutes passées.
 
– Ah ? Euh… Oh là là, oui, si vous saviez, je me suis fait rentrer dedans de tous les côtés.
 
Je ne sais pas si c'est la mini-jupe ou mon air nounouille ou les deux qui m'inspirèrent cette réponse, mais je m'en voulus aussitôt.
 
Son collègue, affairé sur la Volkswagen juste à côté, gloussa.
 
« Vite que j'me casse de là ! » me cria mon subconscient.
 
Je souris, sans savoir s'il fallait, serrai les cuisses instinctivement, et quittai l'atelier.
 
Malheureusement, aux caisses, – et là plus l'ombre d'un doute, j'étais victime d'un sabotage, en tout cas, ça n'aurait pas été pire d'avoir un panneau sur la tête écrit : « Je suis une femme, être fragile dénué de tout bon sens en matière de mécanique ou des choses trop compliquées, mon portefeuille vous tend les bras ! » – on me tendit la facture (salée voire épicée) mais aussi ! une estimation de toutes les réparations à prévoir pour la modique somme de grosso-merdo mille euros, mais c'est pour vot' bien m'dame ! Sinon, vous passerez jamais le contrôle technique
 
Mais bien sûr… La prochaine fois, je viens en moustache et salopette, moi j'vous l'dis !







samedi 7 février 2015

Médi-tension

Méditation de merde qui rime à rien !
 
J'étais en train de méditer quand j'entends le mec me dire : « Je ne m'accroche à rien, je lâche prise… » Putain, mais c'est ce que je fais depuis toujours, ça. Je ne m'accroche jamais à rien et je lâche prise, mais quelles prises ? Bordel de merde ! Y m'a énervée, le mec. Avec sa voix de moine neurasthénique. J'ai sauté sur le bouton stop en l'invectivant de noms tous aussi pieux les uns que les autres.
 
Excusez-moi. Mais depuis quelque temps, je travaille sur moi. Trop peut-être, du coup. Je ne sais plus. De toute façon, j'ai pas le choix, vu ma vie de merde.
 
Alors, dès qu'une proposition de mieux-être se profile, sous quelque forme que ce soit, je saute dessus.
 
Un régime alimentaire, une méthode de relaxation, un livre de développement personnel, une tisane miracle et autres remèdes de grand-mère, je prends tout !!!
 
Je suis prête à suivre n'importe quel gourou venu, trompe-couillons ou prêcheur de bonne parole, tellement j'en veux du mieux-être. Si seulement on achetait ça en paquet de dix au supermarché, j'aurais déjà mis une OPA dessus !
 
D'habitude, je prends sur moi, car je sais que je me fais abuser par mes mauvaises habitudes de pensée, mes conditionnements névrotiques et autres billevesées venues de l'enfance, mais là, non ! C'est trop, c'est la goutte d'eau, il me nargue ou quoi ?
 
Je ne m'accroche à rien, qu'y dit… Mais Francis (ou Gérard ou Daniel ou Jean-René, je m'en fous), c'est ça, mon problème, justement !! Tu peux pas utiliser cette phrase pour essayer de me tirer de là, c'est pas possible, trouve autre chose !! 
 
Qui y croit de toute façon à « Tout passe sur moi comme la bise sur la plaine… Le roseau fléchit, mais il ne rompt point… Je ne m'accroche à rien, je lâche prise… » En général, quand t'as besoin d'entendre ça, c'est que tout passe sur toi comme des braises sur une plaie, que le roseau est cassé et que t'as les doigts dans la prise !!!
 
Je suis en panique, maintenant, t'es content ? Énervée comme une grenouille sur la paillasse du scientifique. Grâce à tes conseils de moine bouddhiste, c'est moi qui suis en bout de piste !
 
Et puis j'en ai marre de suivre tous ces cours débiles avec musique à enterrer les vivants, où on te fait croire qu'à force de persévérance et de pratique tu atteindras enfin le bonheur (en tout cas, beaucoup moins riche qu'avant).
 
La méditation du Lac… J't'en foutrais, moi, de méditation du Lac ! Je te la fais pour moins de vingt euros la séance moi, ta méditation du Lac et tiens ! sur Magic System, ça sera un peu moins emmerdant.
 
Tu ferais mieux de passer ton bac, tiens, si tu veux que la dép' rime, parce que je suis sûre que t'as choisi le filon pour pas trop te casser le front (à défaut d'une meilleure rime mais plus vulgaire). C'est facile de faire croire à des miséreux que le bonheur est à portée, quand tu penses à tous les œufs que cela va t'apporter.
 
Premier cycle de formation offert, vous faites une économie de 1300 € ! Ça, ça laisse méditer, par contre…
 
Le bonheur s'achète… Et moi, tout ça m'achève…
 
Mauvaise passe, sûrement, dégoût de tout… ce qui n'avait déjà pas beaucoup de saveur…
 
Et le plus drôle dans tout ça (ou pas), c'est que quand j'étais petite, ma maman m'avait acheté une peluche, un éléphant, et elle m'avait dit de l'appeler « Bonheur ». C'était ma peluche préférée.
 
Et maintenant, il est là, mon Bonheur, à côté de moi, tout le temps, il me nargue, de ses grands yeux noirs…














samedi 24 janvier 2015

Je suis Charlie !

Non, pas de grand discours, la tristesse des événements se suffit à elle-même. Et tout a été dit. Trop même, et on ne trouve plus rien à dire. On a usé le quota de larmes et de discours bien pensants, on s'est restreints dans la décence et le politiquement correct trop longtemps, (la bonté et la douceur de l'âme humaine a ses limites qu'on ne sait maintenir trop longtemps tellement pourris de la moelle qu'on est (certainement un relent du péché originel)). Alors on déborde gaiement maintenant, on gratte, on fouille les immondices, les dépouilles de nos chers défunts comme des charognards pour voir si on y trouverait pas un peu de culpabilité, une petite odeur de scandale, de polémique !!! Et gentiment, comme ça, l'air de rien, on glisse jusqu'au moment délectable où on cherche des circonstances atténuantes aux coupables, révélant par là même notre potentiel de traîtrise, de sadisme, notre noirceur cachée derrière nos belles intentions de départ gravées historiquement dans ce grand rassemblement du 11 janvier. C'est qu'on en veut de l'émotion, et quand la tristesse est partie, c'est la colère qui la remplace, qu'ils nous aient quittés trop tôt, alors on se venge sur les victimes elles-mêmes et on les assassine à nouveau.
 
Mais pas vous, monsieur le pape ! Non, pas vous !
 
Si je résume votre position en quelques propos que vous avez tenus récemment, synthétiquement : « Si moi, on insultait ma mère, j'aurais envie de frapper. » «  Il faut respecter les religions. »
 
MAIS MERDE, FRANCOIS !! Qui c'est qui ne respecte pas là ?? Qui c'est celui des deux qu'a le moins respecté l'autre, là ? On zigouille dix-sept personnes dont des dessinateurs chéris de notre culture et on en est encore à se demander si on devrait pas respecter la religion ? On ose nous bassiner encore avec un foutu droit au respect de nos deux (si on en a) ? Mais qui c'est qui ne respecte rien à la base ? Qui c'est qui véhicule une religion de violence où on bafoue les droits primordiaux de l'être humain ?
 
Nos chers dessinateurs ne font que dénoncer, revendiquer un droit au respect de l'intégrité corporelle et de la sécurité de l'être humain, d'abord et avant tout, et ensuite un droit à la liberté d'expression. Ils dessinent en réaction, pour dénoncer, pour dire les choses, et non par méchanceté ou pour blesser gratuitement ! Qui de la poule ou de l’œuf ? Eh bien voilà justement ce qu'il faut comprendre. Le blasphème (si vraiment on veut appeler ça comme ça) est venu en second par rapport aux exactions hautement plus condamnables commises par les fanatiques religieux intégristes.
 
Et même le pape n'est pas capable de comprendre ça ? Il défend des comportements psychotiques où des gens cons et illettrés qui n'ont pas accès à la fonction symbolique passent à l'acte ! Ce sont des comportements psychotiques, ça, Monsieur le pape ! Et quand bien même on insulterait votre mère, M. le pape, la vôtre ou même la Sainte mère, ôtez-moi d'un doute, vous ne passerez pas à l'acte ? Alors comprenez que dire qu'il faut arrêter les caricatures par respect, c'est donner raison à tous ces psychotiques et leur permettre d'installer une religion de violence à leur guise ! Ils doivent supporter la frustration comme la plupart des êtres humains (sans parler de ceux qu'ils font souffrir depuis des lustres et à qui on ne demande pas si, par respect, on ne pourrait pas arrêter de les torturer, eux).
 
Et si Allah n'est pas d'accord, au fait ? Croyez-vous qu'il ait besoin d'être défendu par une armée de malformés du bulbe ? Par hasard, s'il est si grand (paraît-il), il ne pourrait pas se défendre tout seul, plutôt que d'avoir besoin de toute cette armée de dégénérés pour défendre des intérêts que, si ça se trouve, il ne partage même pas du tout ! Peut-être que ça le fait marrer lui, ces caricatures ? Et peut-être SURTOUT qu'il attend que ses fidèles prouvent leur foi de façon INTELLIGENTE !!!? SI CA SE TROUVE ?
 
Alors, Monsieur le pape, permettez-moi, sur ce coup-là, de blasphémer à ma guise et de rééquilibrer un peu les scores du blasphème entre les différentes religions, mais... je vous emmerde !

samedi 22 novembre 2014

Original

J'aurais aimé être quelqu'un d'original. Au lieu de ça, je suis banale. Parfois j'ai des passions subites, je me lance à fond dans un truc, la cuisine, la couture, la mosaïque, la poterie, j'achète les bouquins, le matos, je regarde les tutoriels et tout et puis, en une fraction de seconde, je me rends compte que je m'en fous, en fait. De plus en plus… Je m'en fous en fait. Alors je ne me lance plus dans rien.

Dans ma voiture, le soir, en rentrant du boulot, comme un zombie qu'a même plus le sentiment du devoir accompli, je m'imagine avec un rôle à jouer : la mère de famille, la femme d'affaires, la fille convaincue de quelque chose, quoi. Mais non, rien. Chuis pas convaincue et je ne l'ai jamais été. Vaincue, depuis toujours, mais pas con.
 
J'voudrais me lever le matin avec le déroulé de ma journée en tête et pas une tête à ajourner le moindre élan vital qui s'empare de moi. Je me lève et plus rien ne me bouscule, comme d'habitude. Je me demande pourquoi je me suis levée et si j'aurais pas mieux fait de rester couchée. Mes chaussons usés, égarés sous mon lit, ne m'attendent même plus dès le tocsin du réveil. Alors j'affronte le froid du carrelage, les yeux à peine dessillés, me demandant vers quel but me guident mes pieds niqués. Et puisqu'il faut quand même nourrir la boîte à idées, mon univers approximatif me saute aux yeux et s'abat sur moi en une pluie de reproches : les toiles d'araignée d'où pendent leurs pensionnaires qui se verraient bien tortionnaires si seulement j'étais plus petite pour me prendre à leurs filets (patience, Charlotte. Vu la vitesse à laquelle l'univers se réduit autour de moi, dans quelque temps, tu auras ma peau) ; Les particules de poussière qui voltigent sous les rais de lumière m'indiquent qu'une épaisse couche de poussière aurait besoin d'un coup de plumeau comme les brumes de mon cerveau. Je fais un travelling circulaire sur mes étagères encombrantes et encombrées de trucs inutiles, entassés au fil du temps quand l'avenir s'imaginait encore en couleurs. Du temps où les objets avaient une âme et pouvaient toujours servir. Mais quand moi-même je n'ai plus d'âme, une folle envie de tout jeter m'envahit, un autodafé de tous ces trucs auxquels je croyais, un grand bûcher des vanités, pour retrouver l'empreinte originelle, l'essentielle, la souciance après l'insouciance, pour m'alléger. J'ai une de ces envies de m'alléger. Quand je vois ces gens qui s'achètent tout ce qui passe, ça me donne la gerbe. Ils ont pensé à leurs enfants, une fois qu'ils seront eux-mêmes emballés dans leur caisson, qui vont devoir se taper le tri dans tout ça ? Et puis ça leur apporte quoi d'avoir tout ce qui passe ? Une satisfaction d'un jour ou deux, après ils sont blasés. On amasse un temps et puis on comprend que c'était une grande mascarade, un truc pour noyer le poisson, et que tout ce fatras de trucs ne t'apporte rien, au fond, que des ennuis. Des piles à changer, des fils à brancher, des places à trouver, des cartons à empiler… les fils qui s'touchent, les mouches qui défilent, c'est tout, en somme, en regardant bien.

Je ferai pas le ménage. À quoi ça sert d'enlever la poussière qui finit toujours par se redéposer. Qu'elle ensevelisse tout, la satanée poudreuse, qu'elle fasse disparaître cet univers de polypropylène, polyéthylène, polyuréthane, tous ces poly odieux qui polluent la planète et l'esprit. Glorifions la poussière vu que tout finit par elle.

Je suis allée courir. Ou mourir, je ne sais plus vu que j'ai eu l'impression de rendre mon dernier souffle après avoir rendu mes tripes. Une impulsion au moment où mon ex qui vient de se faire larguer me rappelait pour tenter le rabibochage. Fuyons ! Me crièrent mes cellules encore d'attaque, tandis que les autres commençaient à sédimenter au fond du pot (ça ne pouvait donc pas leur faire de mal). J'avais besoin d'être secouée et de gratter la pulpe qui commençait à s'accrocher.
 
J'ai couru, comme si j'étais poursuivie par le tigre de la Seine-et-Marne, avec le même essoufflement de chameau. J'ai croisé des gens à qui j'ai dit bonjour (enfin "bonj OUH…" la deuxième syllabe étant avalée par l'essoufflement) avant de m'apercevoir qu'ils avaient des écouteurs à la place des oreilles. L'effet décolle-pulpe de la suroxygénation a créé un tourbillon d'idées décousues, je dépassais des gens sans visage, à qui je disais "Bonj OUH" mais du coup, qui ne pouvaient pas me répondre. Arrivée dans le bois, j'ai vraiment eu peur de croiser le tigre de Tarascon ou plutôt le chat qui se prenait pour un tigre. Et s'ils s'étaient trompés, que c'était bien un tigre et qu'il avait franchi la frontière de la Seine-et-Marne depuis ? Je sortis assez rapidement du bois, je passai devant les jeux pour enfants déserteurs (comme d'hab' ça préfère entretenir sa future tendinite du pouce) et je rentrai chez moi me recoucher, non sans avoir fait ma prière du soir.
 
 

mardi 14 octobre 2014

Badge-me if you can !

L'homme court-il à sa perte ? J'ai la réponse : OUI. Je viens de regarder une petite chronique de Télématin sur la brillante idée de je-ne-sais-plus-quel-autiste-refoulé d'avoir inventé un badge à mettre dans les transports en commun sur ton manteau pour signifier que tu acceptes de converser avec qui veut.
 
Et la semaine dernière, on nous montrait une autre brillante idée de je-ne-sais-plus-quel-déficient-du-lien-social qui avait foutu une lumière sur un parapluie pour indiquer que, s'il pleut, tu acceptes de prendre quelqu'un sous ton parapluie.
 
Eh oh les gars ! Y a plus la lumière à tous les étages ou quoi ? On va aller jusqu'où dans la connerie ?
 
Quel est, je vous le demande, le crétin qui osera mettre ce genre de signal lumineux montrant ouvertement qu'il est un handicapé de la relation humaine ? Parce que, mettre un badge pour indiquer que tu veux bien faire la conversation revient indirectement à désirer ardemment la faire, cette conversation. Du coup, si tu mets ça le matin, à l'heure de pointe, alors que tout le monde a la tête dans le cul, c'est sûr que tu risques d'avoir de la place autour de toi ! Mais si c'est pour ça, c'est un peu mesquin…
 
Et si gros Jacky bien torché entre dans le wagon ? Tu fais quoi ? Tu l'enlèves ? Beau geste de tolérance et d'ouverture, en massacrant encore plus tes belles idées de départ.
 
Non, si on veut pousser le bouchon à faire un truc du genre vraiment utile, alors faisons carrément un badge qui dit que tu veux bien baiser, par exemple, ça, ça sera utile et pourra éviter beaucoup de malentendus. La petite Mélodie qui rentre de son baby-sitting à une heure du mat', elle sera contente de pouvoir indiquer au petit monsieur qui la menace avec un couteau que, un peu plus loin, Josiane, elle, elle est partante.
 
Allons ! La connerie humaine serait remplaçable par un badge ? Ça se saurait ! Mais un peu comme le détenu qui a étouffé son compagnon de cellule parce qu'il ronflait et qui a pris 10 ans de plus, on est sans cesse en train de scier la branche sur laquelle on est assis. On invente des solutions à des problèmes qui n'existaient pas avant d'avoir inventé la solution.
 
Mais si ! Vous voyez pas ce travail de sape qui se dissémine un peu partout ? Tiens, à commencer par les supermarchés : ces écrans qui fleurissent au-dessus des caisses… Là aussi on devra porter le badge « Je ne regarde pas l'écran, vous pouvez me parler si besoin » ? Mais alors pourquoi on met l'écran ? C'est si terrible que ça de s'ennuyer un peu dans une file d'attente ? Et justement, ne serait-ce pas l'occasion d'engager la conversation avec les gens qui nous entourent ? Ou bien sommes-nous tous devenus autistes qu'il faille absolument mettre un écran de télé au-dessus de nos têtes pour éviter de croiser le regard de l'autre et qu'on regarde tous dans la même direction comme des décérébrés ?
 
Un autre exemple, les voitures. Maintenant, les vitres sont de plus en plus teintées, on a la clim' (bel effort pour la planète au passage !), et donc, on circule dans nos petites forteresses roulantes, quasiment sans voir qu'il y a des êtres humains comme nous à l'intérieur.
 
Je ne parle même pas des téléphones portables dont l'effet repli-sur-soi n'est plus à démontrer…
 
Le but c'est quoi ? C'est de croire qu'on est tout seul au monde ? Parce que si c'est ça, alors oui, on a de sérieuses chances d'y arriver.
 
Mais permettez-moi de penser que face à cette société-fabrique d'autistes ou de bernards l’ermite pour faire plus imagé, quelques badges comme seuls remèdes, c'est un peu lège'…

mercredi 3 septembre 2014

Cirque de la misère

« L'un des plus grands spectacles de cirque… ! 1H45 de spectacle à couper le souffle ! »

En tout cas, celui de ma ptite nièce qui explosa en pleurs vu le niveau sonore de la harangue stéréophonique qui dut servir à rameuter plutôt les habitants de Pluton* que ceux du coin, moins enthousiastes, le jour où nous choisîmes d'aller au cirque, pour changer. Alors vite ! Un coup d’œil aux fresques dessinées sur les tentures du chapiteau pour recentrer son attention sur « les lions qui font peur », une imitation du rugissement (assez vraisemblable pour la faire éclater de rire) et c'était bon, enfin presque…
 
Qui aurait cru que retomberait si vite notre engouement initial ?
 
Grammaticalement, il y avait pourtant une anguille : où était le référent ? L'un des plus grands spectacles de cirque, certes, mais… rapporté à quoi ? Au monde ? Du pays ? De la région ? Du quartier ? Pourquoi avait-on subtilement mis un voile sur le référent ?
 
Eh bien tout simplement parce qu'il fallait traduire : « Bienvenus au Cirque de la misère !!! Avec ses clowns pas drôles, ses acrobates frileux et ses dresseurs d'animaux léthargiques ! »
 
Chaque numéro sembla une parodie de lui-même : les clowns ne furent pas drôles, dotés d'un manque d'expressivité et d'enthousiasme remarquable, usant de gimmicks éculés plutôt destinés à faire pleurer que rire, et complètement impassibles devant le peu de réactivité de l'assemblée ; les chevaux se cassèrent la gueule après un tour de piste et le clou du numéro consista à leur faire poser une patte sur un tabouret ; les acrobates exécutèrent des numéros de cour de récré que ma petite nièce aurait faits aussi bien (voire mieux) ; les tours de magie laissèrent perplexes non parce qu'on ne vit pas les ficelles, mais parce qu'on ne vit pas ce qu'il y avait de soi disant extraordinaire à voir. Mais le pire (et bonjour pour expliquer ça à ptit bout d'nièce)… les lions ! Ou plutôt… leur absence ! Point de lions donc, si ce n'est Roger, le vigile, déguisé en lion le temps de venir saluer, à la fin du spectacle… Roger, qui d'ordinaire fait la gueule, planté dans un coin du chapiteau, forcé en plus de porter la croix, érigé ouvertement en symptôme manifeste d'un cirque malade…
 
Le seul talent à leur reconnaître mais qui fût aussi leur drame : leur capacité à endosser plusieurs rôles, puisque le maître de cérémonie était aussi le clown et le dresseur, et l'acrobate, la magicienne, ainsi que l'ouvreuse, la caissière et la vendeuse de barbes-à-papa à l'entracte. Avec son corollaire assez peu réjouissant d'avoir à subir une quête toutes les demi-heures : une pour le développement du cirque (à laquelle on eut du mal à souscrire du coup), une pour la stagiaire acrobate (ah bon ? Où ça ?), et une pour… la forme ? (Au passage, on comprend mieux les 1h45 de spectacle affichées…)
 
En somme, un petit microcosme d'automates, programmés à réaliser des numéros aux gestes stéréotypés exécutés dans une cadence stakhanoviste et un oubli de soi résigné, seulement capables de nous balancer en pleine gueule leur immense lassitude.
 
Alors on applaudit bien sûr, on est polis, mais c'est pour essayer de faire venir un peu de magie là où elle manque cruellement… et espérer quand même que ptit bout d'nièce, qui n'engramme pas encore bien les expériences pour comparer, y trouve quand même un peu d'émerveillement.
 
Ces spectacles-là devraient être gratuits, voire même devrait-on être payés pour y assister vu le mal que l'on s'y fait à piétiner nos doux souvenirs d'antan…
 
*je pense qu'il y en avait d'ailleurs, si l'on considère d'un autre œil le mec avec tous ses colliers lumineux qu'arrêtait pas de nous tourner autour en scrutant nos portefeuilles.




mardi 5 août 2014

Paris Plage

Cette après-midi, l'idée me prend d'aller jeter un oeil à cette fameuse plage aménagée pour l'été dans mon bled de banlieue. Vous savez, les grandes affiches avec du soleil, la pelle et le seau, sur fond bleu méditerranéen. "Ouverture exceptionnelle de la plage à Trouduc-le-Gland* !!! "

Donc, je me pointe au lieudit, le parc communal, mais dont l'entrée, cette fois, est bardée d'une autre affiche encore plus racoleuse que celles qui parsèment le village, avec des feux d'artifices, et Trouduc-le-Gland Plage écrit en graffs colorés à la bombe de peinture par des djeun's. Ah là là, ça va être quelque chose !!!
 
Je rentre, pleine d'impatience, frétillante comme un gardon, le projet de revenir un autre jour avec mes affaires de plage en tête… Déjà à l'entrée, un grand terrain sablonneux avec un filet de beach-volley me met dans l'ambiance. Derrière, un peu plus loin, un groupe de jeunes est attablé, sous les arbres, près d'une petite guérite qui ressemble de loin à une baraque à frites, mais sans les frites (elle semble vide). Je continue donc ma route, et je passe devant les jeux pour enfants qui n'ont pas bougé de l'ordinaire et saupoudrés de quelques enfants, et je commence à trouver étrange de ne pas entendre plus d'agitation qui viendrait de cette fameuse plage. Le doute me submerge. Je continue ma route (le chemin fait une courbe, si bien que l'on ne voit rien se profiler) et me retrouve rapidement au bout du parc, prête à en sortir par l'autre côté. Et là… le "Allô quoi ?" de Nabilla, telle une lame de fond, s'abat sur le rivage de mes certitudes. Je me retourne pour voir si par hasard, j'ai raté quelque chose en passant. J'aurais été victime d'une illusion d'optique qui fait que je serais passée à côté de l'essentiel ? Je refais le chemin en sens inverse, à la recherche d'un indice, un bonnet de bain oublié, un emballage de glace Miko, un coquillage, un crustacé, une seringue (oups pardon… ça je suis sûre d'en trouver, donc c'est pas un bon indice), qui m'aurait prouvé qu'une plage aurait bien existé, à cet endroit même où je me trouve actuellement ? Je cherche partout, devant, derrière, à babord, à tribord, les pieds dans l'eau, mais d'une vieille flaque creusée par l'orage de cette nuit, en vain et avec finalement comme seule alternative celle de me ranger à la conclusion passée à postérité par le célèbre agent Mulder du FBI que "la Vérité est ailleurs"…
 
Au risque d'effleurer la susceptibilité des disciples de Lagardère, mais cette fois, si on ne peut pas aller à Palavas, Palavas ne viendra manifestement pas à nous. CQFD.

samedi 2 août 2014

Téléré-alitée

À l'heure où la télévision ne nous pond plus que des émissions de téléréalité, on a quand même l'impression que l'échelle se rétracte, que le concept s'essouffle… En à peine un an, on est passés de « La plus belle région de France », au « Village préféré des Français », au « Jardin préféré des Français », puis à la « Maison préférée des Français », en passant par la « Meilleure boulangerie de France », « Mon bistrot préféré », et là je vois qu'on attaque bientôt « Le plus beau food truck de France » (baraque à frites quoi). Y a plus de budget ou quoi ? Ou alors ils nous ont tellement conditionnés qu'on ne se rend même plus compte qu'on s'fait entuber…

Les plus forts, c'est M6, vous savez, les émissions sado-maso où, dans une ambiance conviviale faux-cul, on écoute des gens détruire avec un plaisir jouissif en deux-trois phrases ce que d'autres ont mis toute une vie à bâtir, et qui s'mettent à pleurer ensuite quand c'est leur tour d'écouter les commentaires de leurs hôtes. Personnellement, j'ai pas encore compris ce qui peut pousser quelqu'un à vouloir s'infliger ça.
 
« Jean-Patrick est vraiment quelqu'un de gentil, mais sa maison, c'est de la merde. » 
 
« Regardez, (montrant à la caméra devant des millions de téléspectateurs), y a des poils de cul sous la lunette des chiottes ! »
 
Alors… Puisqu'on y est presque, du coup, à quand « La plus belle pissotière de France » ?
 
« Comme tu peux le voir, Stéphane, avec Josiane, on a décidé de mettre de la moumoute sur la lunette, une fois, (c'est forcément d'influence belge à ce stade-là), pour qu't'ayes le cul plus confort (belge et terroir), pis qu't'ayes pas froid, et en plus elle est antiallergénique, comme ça, ton derrière, l'est pas irrité… Et la chasse d'eau, elle est amovible pour que tu puisses poser ton dos, et à air comprimé pour que tes selles, elles partent plus vite. Par contre, faut bien fermer la lunette, du coup, sinon tu risques de r'tapisser tes communs… On a mis des murs antibruits pour pas entendre le « plouf » et tu peux mettre la musique, au cas où qu'tu soyes un peu encombré, ça couvre bien. Sinon y a un casque, aussi, pour te détendre, ou te stimuler un peu, dans le cas où ça sort pas comme y faut. C'est du Patrick Foireux et du Chimène Badi, (pour quand tu « chies même pas, dis »… oui bon.) Ça stimule bien. Mais y a de la musique pour tous les goûts, en fait. Sans oublier le diffuseur de parfum automatique avec détecteur d'odeurs. Il diffuse le parfum adéquat selon le niveau d'odeurs de 1 à 10. Pour une odeur de puissance 10, par exemple, il envoie du Chanel Numéro 5. 
 
– Forrrrmidable !!!!! » (dixit Stéph')
 
Ou sous bannière M6, « Viens pisser chez moi » !
 
« Je mets 2 parce que le papier se dédouble »
« Moi je mets 3 parce que j'ai entendu Catherine péter. »
« Le coup des toilettes suspendues, moi je suis pas convaincue. C'est vrai que ça libère plus facilement, mais ça donne envie de gerber… »
« Cette grande baie vitrée dans les toilettes, j'avoue que ça inhibe un peu… »
« Les toilettes à trois places, c'est vraiment une bonne idée. Ça sort un peu des sentiers battus. »
« Les toilettes de Pierre, elles sont à chier (ahahah). Je suis passé après Catherine et j'peux vous dire qu'il n'y avait pas de diffuseur de parfum. Ou bien c'est Catherine qu'a le cul pourri… »
« On s'en débouche une pour fêter, ça ? Une bouteille bien sûr ! Ahahah ! »
 
Avec un ptit buffet d'aliments laxatifs en prélude.
 
« Je vous ai concocté une tourte aux pruneaux et son jus de cointreau, et en dessert, ma tarte Fuca et sa marmelade d'oranges amères »
 
Ça aurait d'la gueule, non ?
 
Patience, ce n'est qu'une question de temps… ;-)


dimanche 20 juillet 2014

Bricolomania

Ah le magasin de bricolage ! Objet transitionnel de nos fantasmes d'aménagements. Si si ! "transitionnel", un peu comme les doudous des enfants qui remplacent symboliquement les parents, ben symboliquement, le magasin de bricolage remplace tes rêves d'aménagement. Parce que c'est le lieu de tous les possibles (enfin tout y est quoi) et pourtant tu sais que t'en feras pas les trois-quarts (par manque de budget, de temps, de courage surtout), mais rien que d'y être, c'est comme si tout était encore possible.

Sauf que… on part pas tous avec les mêmes avantages. Moi, quand il fallut que je changeasse le joint de hublot de ma machine à laver, comme toute célib' qui se respecte, j'ai foncé sur internet voir un tuto (tutoriel, oui.) Et trop flattée par la facilité qu'offrait la chose, losque le gars qui fit cela en deux minutes chrono me dit qu'il suffisait d'un tournevis, j'aurais dû flairer le piège. Certes, un tournevis, mais LE tournevis et pas n'importe lequel ! Spécialement celui que tu n'as pas dans ta boîte à outils !! Le cruciforme T20 X L80 X Y300 X P800 (T = taille / L = longueur / Y = Y en a marre / P = Pourquoi tous ces chiffres !! Au moins je sais pourquoi il s'appelle Dexter mon tournevis, c'est pour les psychopathes)
 
Alors j'y allai, chez Leroy-Merlin. À reculons, hélas…
 
J'entre dans le sacro-saint temple des frimeurs du dimanche et je commence à suer à grosses gouttes. Le magasin est plus grand que le Parc des expos et rien n'indique le rayon des crucifix ! Euh des cruciformes, mais vu que je songe à mettre fin à mes jours avec le râteau qui est à ma portée, le premier mot est plus approprié. Non allez, courage ! On devrait quand même y arriver !
 
Je repère le rayon des tournevis sur le module informatique placé astucieusement à cet effet. J'essaie de mémoriser le labyrinthe à parcourir pour ne pas avoir à demander mon chemin en cours et trahir mon dilettantisme. En même temps, point trop de scrupules n'en faut, une femme dans un magasin de bricolage, on ne s'attend pas à ce qu'elle t'explique le fonctionnement d'une dégauchisseuse ou d'un compresseur à air. Mais bon, j'fais un peu comme tout le monde, je me donne l'air d'une femme forte et indépendante qui répare sa machine à laver toute seule. (Oui bon oké une galérienne) J'avance d'un pas ferme, genre "j'm'y connais".
 
Au bout d'une heure de recherche active de mon rayon, j'y suis enfin. Je suis devant les tournevis ! Punaise ! Y en a trop ! Moi j'ai juste pris le mien en sachant qu'il m'en faut un plus petit, mais y en a au moins une bonne vingtaine de plus petits ! Tant pis. J'les prends tous. Dommage pour le budget, ça va faire un peu mal. Il doit se demander ce qu'il me prend le mec d'à côté. Soit il est admiratif de penser que j'ai besoin d'autant de tournevis, car ce que je dois faire doit être phénoménal. Ou alors il a compris et là, c'est trop la honte. Il a compris vu qu'il sourit. Je la ramène donc pas trop. Lui, c'est le type "chevronné". Si ! Ça s'voit, avec sa petite liste et son chariot genre t'as vu tout ce que j'vais prendre… et le crayon sur l'oreille, ça, ça trompe pas ! Va essayer de te faire tenir un crayon sur l'oreille, toi ! Il a déjà plein de trucs dont j'ignorais l'existence dans son caddie et il continue à le remplir. Comme il doit maîtriser… J'imagine sa maison qu'il aura toute faite lui-même, en bois bien sûr, avec un insert parce que ça chauffe bien mieux et c'est esthétique et des panneaux solaires sur le toit parce qu'il faut penser à la planète. Je suis sûre que sa femme ressemble à Barbie et qu'elle est tellement fière de lui ! (Jalouse ? Euh… un peu.) Une promenade de santé pour lui. Il n'a qu'un exemplaire de tout ce qu'il prend, lui, bien sûr, et pas cet air désemparé de chien devant sa boîte de pâtée fermée.
 
Je repère un groupe de vendeurs qui me matent en coin. Ils attendent la faille, le moindre signe de détresse pour me tomber dessus. Faut les comprendre, remarque, côtoyant le Jacky toute la journée, quand une Brenda se pointe avec son air de pas avoir inventé l'eau tiède, c'est relâche ! C'est du tout cuit ! (et ptet plus si affinités). Eh oui, la femme dans un magasin de bricolage, c'est une proie facile. Elle est en position de faiblesse. Entourée de trucs virils dont par définition elle ne sait pas se servir, il lui faudra forcément un aiguilleur voire même un démonstrateur. Pensez-y les mecs pour draguer ! Postulez chez Casto ! (Quoique, en fait, des femmes, vous en verrez pas tant que ça, hormis des camionneuses, mais bon…)
 
Je regarde discrètement vers les vendeurs. Mignons comme tout, en plus. "Houlà là, comment on se sert d'un tournevis, monsieur bricolage ? Et on la met dans le petit trou la vis ? Avec le gros tournevis ? C'est à vous tous ces muscles ? Han !" Et que ça s'battrait pour m'expliquer.
 
Ben oui, un magasin de bricolage, si c'est l'angoisse absolue pour une femme (oui, c'est cliché, mais bon, dans les clichés y a toujours un peu de vrai), pour les hommes, c'est une arène à combats de coqs. C'est à qui aura le plus gros tournevis, la plus grosse perceuse, le plus de planches dans son caddie. Qui aura l'outil le plus compliqué et le talent de savoir s'en servir… Je soupçonne même la plupart de se la jouer, au moins pour faire la paon devant leur femme. "Mais si Jocelyne, bien sûr que ça rentre ! J'ai pris les dimensions. Mais bien sûr que je peux te le fabriquer ton jacuzzi. Y a rien de plus facile !" Ouais. Sauf que Gérard, il va acheter tout le matos, et, la semaine prochaine, il reviendra le rendre, ou, dans le meilleur des cas, si sa fierté ne supporte pas le choc, il passera tout son dimanche après-midi prochain au magasin de bricolage, tout seul en catimini (évidemment sans Jocelyne cette fois), pour venir chercher les fiches-conseils de Monsieur Bricolage qu'il avait pas prises la première fois avec Jocelyne soi-disant que c'était dans les gènes de l'homme de maîtriser tout ça. Pensez-y maintenant, les filles, quand vous mourrez d'admiration devant Musclor en salopette, l'air déjà concentré sur les grandes réalisations qu'il s'apprête à faire (ou pas) avec tout le contenu de son caddie bien rempli. Parce que oui, avec Valérie Damidot et Marc-Emmanuel, ça a l'air simple de transformer son taudis en photo de brochure de chez Casto, deux-trois tits coups d'scie, un tit coup d'pinceau. Sauf que eux, ils sont cinquante à l'ouvrage pendant une semaine avec un budget M6 et que toi, Gérard, t'es tout seul avec ton PEL et ton livret A et que donc il te faudra travailler deux ans jours et nuits pour faire pareil ou à peu près, si tu ne te décourages pas avant…
 
En tout cas, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus…
 
Et mon joint de hublot ? J'ai même pas pris les fiches-conseils de Monsieur Bricolage ! Non, j'ai carrément appelé Monsieur Bricolage qui est venu me le changer. Mais au moins, la prochaine fois, j'aurai forcément le bon tournevis…

lundi 14 juillet 2014

In Nomine Patris...

Je prie sans savoir pourquoi. Je prie sans but pour la première fois. En général on prie avec une idée derrière la tête. On frotte un peu la lampe d'Aladin, quoi. On prie pour la paix dans le monde, par exemple, pour une cause, au moins, grande ou personnelle. Moi, d'habitude, je demande plein d'trucs, de la place de parking libre à la guérison de la leucémie de la fille de ma collègue, ça n'a pas de commune mesure, mais bon, comme ça, Dieu, il peut se reposer un peu, s'il veut… Mettons, s'il est en RTT, ben il préférera traiter la place de parking libre, ou la retrouvaille des clés de voiture perdues, plutôt que la guérison de la leucémie d'Euphrosine ou du furoncle de tante Germaine (si tant est que je trouve une raison de prier pour ça). C'est plus simple, et, bien qu'il soit tout puissant, niveau pénibilité de la tâche, y a pas photo. Ces derniers temps, je lui demandais de me trouver un mec ou de me rendre moins empotée avec les ceusses (avec une petite voix prout prout c'est marrant). Là, on est à mi-chemin entre la place au Super U et la guérison des malades. C'est pour ses jours fériés, on dira (ceux où tu bosses pas, mais où t'as pas bossé pour les avoir). Ceux, donc, où il sort quand même un peu la tête de son nuage, car en plus, la plupart des jours fériés sont des jours en son honneur, donc il est pas bégueule et ne rechigne pas trop à la tâche ces jours-là.
 
Mais, en ce moment, même en tenant compte de son planning (c'est un jour férié, aujourd'hui !), je ne sais pas quoi lui demander. Enfin, je ne sais plus. Et je ne sais pas pourquoi je ne sais plus. Je ne sais même pas pourquoi je ne sais pas pourquoi je n'sais plus. Alors je prie, sans savoir pourquoi. Pourtant je m'interroge, je me demande ce que je souhaiterais, mais comme je ne souhaite plus rien, alors je ne demande plus rien. (Allô, Nietzsche, tu as un créneau pour moi, là ?)
 
Quoique des raisons de prier, il n'en manque pas tant que ça… Y a qu'à écouter les absurdités du discours présidentiel, pas plus tard que tout à l'heure, qui nous dit qu'il faut avoir plus confiance en nous, en prenant pour modèle cette pauvre institutrice qui s'est fait poignarder par la mère d'un de ses élèves. Effectivement, elle dût avoir une si grande confiance en elle qui lui permît de donner à la confrontation avec le parent d'élève l'issue favorable qu'on connaît. Mais où puise-t-il cette audace (euphémisme), dans de telles circonstances, de nous dire d'avoir plus confiance en nous ? C'est pas en nous qu'on manque de confiance, gros malin, mais en nos institutions qui périclitent toutes, les unes après les autres, et qui sont incapables de nous garantir le minimum de sécurité requis pour aller bosser tranquille ! Et un autre planqué de la même couvée qui renchérit, sur France Inter, en nous disant, la fleur au fusil, sur un ton qui aurait aussi bien pu annoncer la météo ou le Point Route, en tout cas, moins concerné tu meurs, que la société actuelle est de moins en moins sécuritaire. (mais bon, moi j'men fous, je vais bouffer chez Fauchon avec les potes du Sénat, qu'il aurait pu ajouter pour être au moins un peu crédible).
 
Alors là, moi je dis, bravo les gars ! C'est bien vous qui zêtes aux commandes pourtant, non ? (avec une voix de demeurée pour qu'ils soient toujours encore un peu plus sûrs de leur cible, on est d'accord, ils nous prennent pour des cons ?) Mais du coup ? Si c'est vous qui zêtes aux commandes, vous avez pas un peu honte de nous dire ça comme ça ? C'est un peu comme si mon médecin se vantait d'avoir le plus grand nombre de décès du pays suite à ses consultations ?
 
Alors, oui, je crois qu'on a raison de prier, ptet même que c'est notre seule chance de pas couler, finalement ?
 
La France, premier pays consommateur de psychotropes au monde ! Alleluia, Seigneur ! T'as vu comme on s'en sort bien sans toi ? Les asiles sont pleins, les prisons, aussi, merci Flamby ! Laissons-les grossir ces bancs de détraqués que la société nous pond et qui s'regardent les pieds sans savoir à quoi ça sert, en ânonnant qu'ils ont des droits et qu'on fait mal notre boulot, nous, les poires qui suons nuit et jour pour gagner des clopinettes.
 
CONFIANCE qu'y nous fait l'autre. C'est pas ce qu'on leur avait dit à Hansel et Gretel quand ils se sont pointés devant la maison en pain d'épices ? On t'a compris François, parce qu'on a lu les contes des frères Grimm : on va droit dans l'mur !!
 
Heureusement qu'on a le foot, le mariage pour tous et les feux d'artifice du 14 juillet pour huiler tout ça et que ça passe mieux !
 
In nomine patris et filii et spiritus sancti, Amen.

dimanche 29 juin 2014

Guy Lagache

J'ai passé le week-end à essayer de sortir de ma solitude, en mode tête chercheuse.

J'ai 34 ans, je viens d'être promue tata une seconde fois par un petit garçon adorable, la première (une petite fille) datant déjà de deux ans. Ils sont mignons, je les adore, mais ils ont le défaut d'inaugurer une ère du renouveau qui pousse tous ceux du siècle dernier à l'obsolescence. Sans compter que personnellement, j'atteins l'âge fatidique, le cap des 35 où celui à partir duquel tu risques d'avoir des enfants trisomiques. (elle est pas belle la vie ?)
 
Donc, mode tête chercheuse ce week-end et tous ceux qui suivront.
 
Samedi, je suis donc allée au centre commercial avec le prétexte des soldes, mais le vrai but était tout autre : trouver un mec (et le bon si possible). Pour moi, un vrai exercice de lâcher prise, car si je fus sur la défensive jusqu'ici, les 35 balais qui approchent me font refuser de jouer encore le mystère (la timide quoi, mais ça fait faute avouée).
 
Je me répète en leitmotiv que je dois m'ouvrir et laisser les mecs venir à moi comme les mouches autour du pot de confiture (mais une belle mouche si possible).
 
Je passe le portillon d'entrée de chez Cultura. Ouah, ça marche ! si j'en crois le regard aguicheur que me jette le mec de la sécu. Il me scanne des pieds à la tête, comme si j'avais une étiquette Produit frais à consommer sur place. Oui, c'est un black et oui, d'accord, ils sont tous comme ça pourvu que tu sentes un peu les oestrogènes. Je n'insiste pas trop, même si, vu ma date de péremption, ce serait pas du luxe que… Non, ce que je cherche, c'est autre chose ! Et sur ça, je ne transigerai pas maintenant ! L'heure est grave ! C'est un reproducteur qu'il me faut, et pas de grande distribution de surcroît, une petite coopérative me suffirait.
 
J'arpente les rayons de luxure, euh… de culture, je me fonds entre les étals de livres en essayant d'y trouver quand même un intérêt. Tiens, cherchons les d'Ormesson pour voir si j'avais rhabillé papi un peu trop vite (voir le post précédent). Mince, je trouve pas d'Ormesson… C'est un signe ? Ah non, il faut chercher à « O » bien sûr… Ah, par contre, je trouve Djian et Despentes… Voyons… Baise-moi ou Mise en bouche… J'hésite… Je songe à piper les « D », euh… à quitter les « D », parce que je ne veux pas réveiller la perverse qui est en moi (surtout que Vas-y Francky est à deux pas, ben oui, le mec de la sécu), donc j'amorce un volte-face en partance vers d'autres achalandages.… et là ! Mon cerveau fait la culbute sur l'aire de Broca et j'en perds tout mon latin ! Il est là, juste devant moi, à quelques mètres de distance, le nez dans quelque bouquin, telle une vision christique ! C'est Lui, c'est l'Elu ! Le mâle alpha ! Visage buriné, chevelure souple à la Guy Lagache. Le mec qui faisait tomber toutes les filles quand il était jeune et qui continue quel que soit son âge. Le mec qui sait même pas qu'il est magnifique. (Mais si vous voyez ? Pour les filles, celui qui déclenche la réaction du loup de Tex Avery, et ptet pour certains hommes aussi…;-))
 
J'humecte bien mes lèvres, je dégage mes épaules et je te remonte l'allée à la Charlize Theron dans la pub J'adore de Dior. Dans ma tête, y a la musique même… À deux pas de lui, je passe ma main dans mes cheveux tout en ramenant une mèche négligemment sur ma joue… Je vais faire semblant de m'intéresser à un livre sur le même étalage que lui et quand il aura senti la puissance de mon aura sexuelle et qu'il sera obligé de relever la tête, ému par autant de charisme…
 
« Chéri !! Regarde ça ! » fait une blondasse qui remonte vers nous, un livre à la main. La vache ! c'est le dernier d'Ormesson, en plus, comme si mon calvaire n'était pas assez douloureux.
 
Putain !! crié-je intérieurement. La salope ! (ah oui, c'est vrai tous les mecs de mon âge et plus sont casés, j'avais oublié ce petit détail). Je remets ma robe intérieurement (merci Charlize) puisque je viens de me prendre une veste et je fais « volte-flasque » cette fois.
 
Comment qu'on s'inscrit à l'UNAPEI ? (Union Nationale des Amis et des Parents d'Enfants Inadaptés*)…
 
* oui, c'est limite, je sais, mais qui a dit que je devais me limiter ?

dimanche 22 juin 2014

Mais qui est Jean d'Ormesson ?

Un samedi soir sur la terre, comme chante Cabrel… avec en moins cette promesse d'une belle rencontre, alors je m'en remets à mon guide spirituel trompe-solitude, la télé. Et dans le fauteuil bleu du pape de France 2, un vieux monsieur au teint hâlé, aux dents immaculées, à la tenue presque parfaite (un sans faute sur l'échelle de Cordula) : un académicien ! (à savoir quelqu'un qui a désormais le droit de sortir un livre sur n'importe quoi en bénéficiant d'une promotion phénoménale). Mon instinct m'invite à changer de chaîne, car j'ai déjà entendu plusieurs fois pépé nous enfoncer ses portes ouvertes sur son ton professoral et évangélique et ça m'énerve. Et puis non, mon petit côté maso me fait rester. Et je ne suis pas déçue. Vas-y que papi bling-bling te sort tous ses poncifs sur la finitude de l'humanité et le sens de la vie, en parsemant ses saillies de citations plus ou moins en rapport avec le propos « Comme disait mon cher ami Gudule de la Hautecloque… » (oké j'l'ai inventé celui-là), « j'ai très bien connu Chateaubriand… » (qui va aller vérifier, en plus, vu l'âge du dinosaure ?). Et qu'on va tous mourir, fait-il en ayant pris le soin de nous avertir sur un ton sensationnaliste qu'il allait nous faire une révélation des plus odieuses. Le jeu de scène est millimétré, le ton grandiloquent (bravo la comm'). Et moi j'en ai déjà marre. Que papi, à l'approche du grand saut, se sente obligé de nous refourguer son lot d'angoisses en pleine poire comme ça, un samedi soir sur la terre… Mais je continue à écouter ce discours pseudo scientifique, philosophique, (ou de comptoir finalement), tout en me disant que n'importe qui aurait pu faire aussi bien, avec un peu d'entraînement. Un ptit coup de religion par-ci, un soupçon de sciences globales par-là (sans trop rentrer dans les détails sinon on sent l'arnaque) et puis, un peu de philo, pas trop de politique, parce que c'est plus trop la préoccupation principale de papi (soit il est au-dessus de tout ça, ou bien, plus vraisemblable, il est largué. De là à dire que sur le reste aussi, mais je ne me sens pas de pousser le bouchon jusque là.)
 
Du coup, l'assemblée ne sait pas trop sur quel pied danser : jouer l'admiration d'avoir le privilège d'entendre la performance d'un monsieur dont le nom figure dans le dictionnaire, ou bien montrer sa lassitude par des petits sourires en coin en attendant que ça se termine et qu'on remette papi au lit (attitude la plus représentée).
 
Attention je ne dis pas que papi n'a pas de talent (je n'ai pas lu la plupart de ses livres pour être honnête), mais bon sang, qu'il ne se sente pas obligé de nous donner des leçons sur la vie dans tous les derniers livres qu'il écrit et qui deviennent de moins en moins épais, à se demander si vraiment l'envie d'écrire vient de lui ou plutôt d'une commande expresse de l'éditeur qui tente de traire la vache à lait jusqu'au bout du possible.
 
Moi perso, j'en peux plus de ces discours sur la vie qui n'apportent rien au moulin, mais suffisamment par contre aux principaux intéressés qui s'en font les choux gras. Aristos, bobos et compagnie, qu'ils soient jugés avec le même étalon que les autres et qu'ils goûtent à la moiteur du placard de temps en temps.
 
Chuis dure ? Non, sincère.

mardi 10 juin 2014

Tempête dans un verre d'eau

En buvant ma tisane Hildegarde de Bingen recommandée par môman, je me demandais ce que j'écrirais là si je me mettais à écrire ce que je suis en train de penser. Puisque je ne suis pas plus inspirée, alors tentons l'exercice. Là tout de suite, je pense à mon boulot. À l'augmentation que je viens d'avoir, je souris, puis je passe à l'univers plus proche de ma tasse de tisane, en pestant d'avoir encore une fois laissé l'eau bouillir trop longtemps, ce qui me vaudra d'attendre trois heures avant de boire mon Hildegarde… Je ressaute vite dans ma rétrospective de la journée pour rester quelques secondes sur l'image du formateur de ce matin, charmant. Je saute au bruit des oiseaux dehors qui sont tout contents de retrouver le printemps. Et que ça piaille et que ça se lisse les plumes jusqu'à la prochaine averse de grêle qui, vu l'état du ciel, ne saurait tarder. Retour à ma tasse de tisane, est-elle refroidie ? Non. J'ai fait la vaisselle, au fait ? Oui. Je me repasse mentalement le programme de télé de ce soir pour voir si y aurait pas quand même quelque chose qui pourrait me détourner de cet exercice stérile. Tiens, je me souviens plus… Ah si ! des séries de flics ou de juges ; l'émission de pâtisserie (mais vu que j'ai un peu mal au ventre, je vais éviter pour ne pas me donner de mauvaises idées) et comme toujours, un film que j'ai envie de voir sur Canal Plus mais je n'ai pas Canal Plus. Et puis, comme j'ai posté à tous mes amis Facebook hier une vidéo qui nous met en garde contre les écrans qui peuplent nos vies et qui nous font passer à côté de l'essentiel ‒ enfin j'ai quand même pris le temps de liker et de l'envoyer à tous mes amis, donc je suis pas sortie d'affaire ‒, alors je vais passer sur la télé pour sauver ma bonne conscience. Je pense à ma flemme, à mon envie d'écrire, à mon manque d'inspiration, à la chienlit qui s'inscrit en direct live sur mon écran. Je pense que je suis ridicule de m'infliger ça. Mais que ça muscle au moins les doigts. Et mon esprit tente alors de s'élever vers des sphères supérieures (allez un ptit coup d'piolet et on y est), j'ai pris de la distance (comme quand on clique sur le moins de Google map) pour embrasser soudain ma pauvre condition d'être humain et l'aliénation du poids des conventions et autres diktats paralysants. Et ma tisane, elle en est où ? P***, c'est toujours aussi chaud ! Et je pense à mon retour au concret si rapide, alors que je venais de m'élever à un niveau de réflexion frôlant le Nobel de philosophie. (Tiens, ça existe ? Ché pas). Je ne côtoierai donc pas ce soir le panthéon des illustres penseurs, c'est certain… Tiens 22 heures. Déjà ? Pour bien faire il faudrait que j'aille au lit. Que j'aïoli. Je bloque sur le mot. Ça voudrait dire quoi comme ça ? Aïolier : faire de la sauce aïoli ? Tiens, ça me fait penser que je dois essayer une recette… je ne sais plus laquelle mais une recette que j'ai dans mes affaires… et si ça se trouve, à base d'aïoli ? Ce serait drôle comme coïncidence. Ou pas (thétique). Elle aime pas tous mes tics. Merde. Un rien fait sauter mes pensées. Recentration. Recentrement… ? Ah le voilà ! Recentrage ! Sur quoi ? … Sur mes doigts. Ils sont beaux mes doigts qui tapent sur le clavier. Je tape à deux doigts, dis donc, la honte. Oui, mais vite, alors, ça compense. Non, c'est trop la honte. Mais j'ai jamais réussi à taper avec tous les doigts. Sur les dix, j'en ai deux très actifs (les index), deux par intermittence (les pouces pour les espaces), deux sur le banc de touche (les majeurs pour quand les index sont fatigués) et quatre qui foutent absolument rien (les autres). Ah les boulets ! Un tit coup d'piolet, là, ça serait pas de trop, non ? Allez on monte, ou on dézoome au choix. Je pense à la Terre du coup. En disant ça, j'ai mentalement dézoomé sur Google map. Je suis une touriste de l'espace. Avec Richard Branson. Ah ! le gars quand même quand on y pense… Comme il nous met la misère. Toi t'es le quidam qui vient tenter sa chance au loto avec son rêve de piscine, de maison ou de ballon dirigeable. Lui, sans gratter aucun ticket, il arrive, et paf, il te fout sa fusée Club Med ou son Supersonic Paris New York en cinq minutes sur le coin d'la gueule. Pauvres petites merdes qu'il doit penser. Et avec son sourire et son bronzage permanents, il est énervant, non ? (comme je suis polie). Et quand on pense que d'autres types ou typettes (ou typex, encore mieux, qu'on les efface!) de son genre vont payer des millions pour passer quelques heures dans l'espace quand leurs mêmes millions pourraient sauver des millions de personnes. Franchement, seront-ils vraiment plus heureux, une fois qu'ils seront montés là-haut ? Cela va-t-il changer le cours de leur existence ? Vont-ils vraiment profiter de ces moments magiques entre les vomissements et pertes de connaissance liées aux accélérations et aux dépressurisations ? Mais qu'ils étouffent avec leurs vomissures au moment de réaliser leur prétendu rêve, ingrat pour les trois-quarts de la planète qui rêvent seulement d'avoir un peu de pain dans leur assiette. Je m'égare. De quoi remarque ? Ah oui ! Ma tisane. Merde, elle est froide.